Bousculés par Cotonou, Abidjan et Dakar intensifient leurs offres de Tourisme d’affaires.

Congrès, salons et conventions font travailler hôtels, restaurateurs et transporteurs bien au-delà des seules salles de réunion. En Afrique de l’Ouest francophone, la montée en gamme des infrastructures intensifie désormais la concurrence pour capter cette clientèle à forte valeur ajoutée.

À côté d’Abidjan et de Dakar, Cotonou s’installe progressivement dans la bataille du tourisme d’affaires. En deux ans, la capitale économique béninoise a attiré une série de rendez-vous régionaux et internationaux, soutenue par une nouvelle offre hôtelière et événementielle. Cette percée ne bouleverse pas encore la hiérarchie régionale, mais elle ajoute un concurrent à deux destinations qui cherchent elles aussi à renforcer leur positionnement sur le tourisme d’affaires.

Dans cette compétition, le MICE – pour Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions, soit réunions professionnelles, voyages de motivation, conférences et salons – constitue un segment particulièrement convoité. Selon la dernière étude mondiale de l’Events Industry Council, réalisée avec Oxford Economics, les événements d’affaires ont réuni 1,65 milliard de participants dans plus de 180 pays en 2025 et généré 1 300 milliards de dollars de dépenses directes. En intégrant les effets indirects et induits, leur contribution à l’économie mondiale a atteint 1 800 milliards de dollars de PIB et soutenu 24,2 millions d’emplois.

La percée du Bénin dans ce secteur est particulièrement visible depuis 2025. Cotonou a accueilli le Choiseul Africa Summit en février, la 31e Assemblée régionale Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie en juin, puis le Cyber Africa Forum. En 2026, les États généraux de l’Assurance pour tous et une réunion régionale des Nations unies sur les données passagers ont également choisi la ville. Le Cyber Africa Forum, qui avait tenu ses quatre premières éditions en Côte d’Ivoire avant de s’installer à Cotonou en 2025, y reviendra en novembre, tout comme l’AfriLabs Annual Gathering, qui annonce plus de 1 200 participants.

Cette dynamique repose en partie sur de nouvelles capacités. Ouvert en 2024, le Sofitel Cotonou Marina compte 198 chambres et des espaces pouvant accueillir jusqu’à 1 000 participants. Le gouvernement prépare parallèlement un Hilton d’environ 200 chambres, avec salles de réunion et centre d’affaires, présenté comme un moyen de renforcer l’attractivité du pays pour les conférences internationales. Le MICE est intégré à la promotion internationale de la destination, aux côtés de la culture, de la nature, du balnéaire et du sport.

Dakar veut reconquérir les congrès

Au Sénégal, le constat est moins favorable malgré une longue expérience des grands rendez-vous internationaux et des équipements comme le Centre international de conférences Abdou Diouf de Diamniadio. Selon l’International Congress and Convention Association (ICCA), le pays n’a accueilli que neuf réunions associatives internationales répondant à ses critères en 2025, dont six à Dakar. C’est moins qu’en 2023, lorsque le Sénégal en comptait 16, dont 14 dans la capitale.

Si ces données ne couvrent qu’une partie du marché MICE, elles sont suffisamment préoccupantes pour justifier l’intervention de l’État. En août dernier, l’Agence sénégalaise de promotion touristique (ASPT) a engagé, avec les professionnels, la création d’un bureau des congrès chargé de mieux prospecter et de capter les événements internationaux. Le Sénégal veut également mieux exploiter Diamniadio, le pôle urbain aménagé à une trentaine de kilomètres de la capitale, qui concentre plusieurs des grandes infrastructures événementielles récentes du pays : le Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), le Centre des expositions, Dakar Arena ou encore le stade Abdoulaye-Wade.

À ces équipements s’ajoute une offre hôtelière qui s’étoffe. Le Four Points by Sheraton de Diamniadio compte 173 chambres et est venu combler, selon le ministère du Tourisme, un déficit d’hébergement autour de ce pôle événementiel. Les Jeux olympiques de la jeunesse, prévus du 31 octobre au 13 novembre 2026, doivent servir d’accélérateur : parmi les 30 mesures adoptées en août pour finaliser leur préparation figure le développement de l’industrie MICE dans le cadre de l’héritage des Jeux.

Abidjan consolide son avantage

En Côte d’Ivoire, Abidjan part d’une position plus solide. Dans le classement ICCA 2025, la capitale économique ivoirienne compte neuf réunions associatives internationales éligibles, contre six pour Dakar et trois pour Cotonou. À l’échelle des pays, la Côte d’Ivoire en totalise dix, devant le Sénégal avec neuf et le Bénin avec quatre.

Cette position repose sur un écosystème déjà étoffé. L’aéroport Félix-Houphouët-Boigny est un hub régional et sert de base à Air Côte d’Ivoire, dont le réseau contribue à la connectivité de la capitale économique. À quelques minutes des terminaux, le Parc des expositions, inauguré en 2023 pour plus de 75 milliards de FCFA (131,3 millions de dollars), dispose notamment d’un Convention Center de 5 000 places assises et peut accueillir plus de 12 000 personnes sur l’ensemble du complexe.

Abidjan cherche désormais à renforcer un autre maillon du tourisme d’affaires : l’accès aérien international. Le protocole conclu le 14 septembre entre Emirates et les ministères ivoiriens des Transports et du Tourisme prévoit une promotion croisée, un partage de données, des voyages de familiarisation et des offres destinées aux voyagistes. Mais la stratégie ivoirienne évolue aussi au-delà du MICE. « Abidjan Business City » a constitué l’un des projets structurants de Sublime Côte d’Ivoire, avec l’ambition d’affirmer la ville comme hub de conférences, de congrès et d’expositions.

À l’horizon 2030, les autorités mettent davantage en avant la diversification de l’offre, la valorisation des parcs nationaux, les loisirs et la promotion d’autres destinations du pays. Après plus de 6,7 millions de visiteurs annoncés pour 2025, le gouvernement vise désormais 10 millions de visiteurs internationaux par an d’ici 2030. Cette diversification dessine peut-être la prochaine étape de la concurrence entre capitales ouest-africaines. Le Bénin associe déjà le MICE à son offre culturelle et balnéaire, tandis que le Sénégal affirme vouloir dépasser les seuls tourismes d’affaires et balnéaire. Pour les trois destinations, l’enjeu n’est plus seulement d’attirer un congrès, mais de convertir ces flux professionnels en séjours et en dépenses touristiques plus larges.

 

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