L’Union européenne absorbe près du tiers des exportations de café de l’Ethiopie. Le pays est-africain doit cependant faire face, comme plusieurs autres, à la réglementation pour lutter contre la déforestation.
Le café éthiopien risque-t-il de perdre une partie de ses débouchés européens faute de preuves suffisantes sur son origine ? Dans une étude publiée le vendredi 16 octobre par ODI Global, quatre chercheurs évaluent les pertes potentielles de recettes d’exportation à entre 160 et 453 millions USD, selon l’ampleur des difficultés de conformité au règlement européen contre la déforestation (EUDR).
Selon le calendrier publié par la Commission européenne, les principales obligations de l’EUDR s’appliqueront dès le 30 décembre 2026 aux grands et moyens opérateurs, puis dès le 30 juin 2027 à la plupart des micro et petits opérateurs. Pour les produits concernés, dont le café, les opérateurs doivent établir qu’ils ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020, qu’ils respectent les dispositions pertinentes du droit du pays de production, et qu’ils sont couverts par la diligence raisonnée requise.
Les obligations pèsent principalement sur les entreprises qui mettent les produits sur le marché européen, mais elles se transmettent commercialement aux fournisseurs étrangers, auxquels les acheteurs demandent les informations nécessaires.
Une production dispersée à l’épreuve de la traçabilité
Le scénario le plus pessimiste repose sur une exclusion de 57 % des exportations de café destinées à l’Union européenne (UE), une hypothèse fondée sur l’importance des circuits de collecte informels et les difficultés à relier les lots exportés à leurs parcelles d’origine.
Selon ODI Global, environ 4 millions de petits exploitants assurent près de 95 % de la production éthiopienne de café. Avant d’atteindre les marchés internationaux, leurs récoltes passent souvent par plusieurs intermédiaires, des collecteurs aux stations de traitement, puis aux exportateurs. Le rapport reprend ainsi une estimation selon laquelle 57,4 % du café commercialisé transite par des collecteurs locaux ou par des circuits situés hors des places de marché officiellement désignées. Si ces acteurs jouent un rôle essentiel en regroupant des récoltes dispersées, leur activité présente néanmoins des limites au regard des exigences européennes.
« Le caractère informel de leur activité fragilise la traçabilité, limite le contrôle de la qualité et réduit la transparence, créant ainsi des risques de non-conformité au règlement européen sur la déforestation (EUDR) », soulignent les auteurs.
L’enjeu consiste donc à renforcer la traçabilité des récoltes regroupées, plutôt qu’à interdire cette pratique. L’EUDR permet de mélanger des produits issus de plusieurs exploitations, à condition que toutes les parcelles contributrices soient identifiées et que les produits soient conformes. Dans cette perspective, ODI Global préconise de soutenir les collecteurs et les coopératives, de clarifier les preuves juridiques recevables, et d’accompagner les obligations d’incitations économiques.
Le coût de cette documentation reste toutefois un obstacle. Selon les estimations recueillies auprès des acteurs interrogés, la collecte des données représenterait entre 4 et 7 $ par parcelle, auxquels s’ajouteraient 5 à 12 $ pour leur vérification. Les exportateurs pourraient ainsi privilégier les producteurs déjà organisés, connus ou engagés dans des démarches de certification, au risque d’écarter des exploitations pourtant conformes sur le plan environnemental, mais trop coûteuses à documenter.
Un système national existe déjà
Pour préparer sa filière café aux exigences du règlement européen, l’Éthiopie a créé un comité national de pilotage début 2024, et élaboré un plan d’action sur trois ans. Celui-ci vise notamment à renforcer la traçabilité grâce à la géolocalisation des exploitations, à la numérisation des circuits d’approvisionnement et à la constitution d’une base nationale de données.
Avec l’appui de la coopération allemande (GIZ), l’Autorité éthiopienne du café et du thé (ECTA) a fait évoluer son dispositif d’information commerciale vers l’Ethiopian Coffee Traceability Management System (ECTMS). Un guide publié en mai 2026 par l’ECTA, avec le soutien de l’Institut européen des forêts (EFI), détaille cette architecture.
Le système suit les lots, les volumes, les méthodes de traitement, les permis de transport, les entrepôts et les informations d’expédition. Son module de traçabilité initiale doit relier le lot aux parcelles contributrices, avec une application mobile et l’intégration des certificats de droits d’usage. Selon ce guide, plus de 32 millions de parcelles agricoles sont enregistrées dans le système national d’administration foncière. L’autorité affirme désormais que la plateforme est opérationnelle, et que des acheteurs européens peuvent accéder aux informations pertinentes.





























