Le développement d’une industrie sucrière locale représente un enjeu pour la diversification de la production agricole et la réduction des importations. Dans l’Est du Cameroun, cette ambition se heurte depuis plusieurs années aux difficultés de concrétisation des projets agro-industriels.
Le groupe public chinois Nanning Agricultural Development Group envisage d’investir environ 88 milliards de FCFA dans la production de sucre et de riz à Batouri, dans la région de l’Est du Cameroun. Selon un avis d’appel d’offres publié le 27 octobre 2026, l’entreprise prévoit de créer de grandes plantations de canne à sucre et de riz, ainsi qu’une usine capable de produire 60 000 tonnes de sucre par an. Mais le projet n’en est encore qu’au stade des études.
Dans le détail, l’entreprise chinoise prévoit de louer environ 6 667 hectares de terres pour cultiver la canne à sucre et 200 hectares supplémentaires pour le riz. Le programme comprend également la construction d’une sucrerie, d’installations pour transformer le riz et de bâtiments destinés au personnel.
Pour savoir si cet investissement peut être réalisé, Nanning Agricultural Development Group recherche une entreprise spécialisée qui sera chargée d’étudier les conditions de mise en œuvre du projet. Cette étude devra notamment examiner les besoins financiers et techniques, les conditions d’exploitation des terres et les démarches administratives nécessaires.
Le groupe chinois est prêt à consacrer jusqu’à 880 000 yuans, soit environ 78 millions de FCFA, à cette étude. Les entreprises intéressées ont jusqu’au 5 novembre 2026 pour déposer leurs offres. Celle qui sera sélectionnée disposera de 60 jours pour réaliser le travail, notamment à travers des investigations sur place au Cameroun.
Pour l’instant, les 88 milliards de FCFA annoncés correspondent donc au coût envisagé du projet. Aucun financement effectivement mobilisé, contrat de construction ou bail foncier signé n’a encore pu être confirmé.
Deux projets sucriers avaient déjà été envisagés à Batouri
Ce nouvel intérêt pour Batouri intervient plus de dix ans après une première initiative dans la production de sucre dans cette partie du Cameroun.
En avril 2012, le gouvernement camerounais avait signé un accord avec Justin Sugar Mills, une entreprise indo-camerounaise, pour développer un complexe sucrier dans la zone de Batouri. L’investissement prévu était alors estimé à 60 milliards de FCFA, pour une usine devant produire 60 000 tonnes de sucre par an.
Le projet avait ensuite rencontré des difficultés. Après la rupture de l’accord avec Justin Sugar Mills, le gouvernement avait retenu, en février 2015, le groupe marocain Cosumar pour poursuivre son développement. En décembre de la même année, l’État avait finalement décidé de se retirer de cette initiative et de laisser son promoteur initial poursuivre le projet.
D’autres investisseurs se sont ensuite intéressés à la production de sucre dans la région de l’Est. Le 4 octobre 2017,Investir au Camerounrévélait qu’Orient’s Sugar and Industry SA (OSI SA), une entreprise associant des capitaux camerounais, brésiliens et italiens, préparait également un projet sucrier.
Dirigée par Samuel Bebey Essombe Motto, cette entreprise avait commencé par cultiver du maïs et du soja sur environ 100 hectares, notamment dans les communes de Dimako et de Nguélébok. Elle présentait ces activités agricoles comme une première étape avant le développement de son complexe sucrier.
Ces précédents montrent que plusieurs investisseurs ont envisagé de produire du sucre dans l’Est du Cameroun. Toutefois, les documents disponibles ne permettent pas d’établir que le nouveau projet chinois constitue une reprise de celui de Justin Sugar Mills ou d’Orient’s Sugar and Industry.
Le programme envisagé par Nanning Agricultural Development Group prévoit toutefois une capacité de production de sucre identique à celle annoncée pour l’ancien complexe Justin Sugar Mills, soit 60 000 tonnes par an.
Le nouvel investisseur chinois appartient à un ensemble d’entreprises contrôlé par les autorités publiques de Nanning, en Chine. Une publication chinoise de septembre 2026 fait également état d’un projet de création d’une filiale au Cameroun, mais son existence juridique n’a pas encore été confirmée.





























