Bénin – Niger : 291 millions $ pour moderniser un corridor qui bute encore sur une frontière bloquée

Le développement des corridors africains ne repose pas uniquement sur la qualité des infrastructures. La continuité des échanges, la stabilité des relations entre États et la capacité à sécuriser les flux transfrontaliers conditionnent aussi leur performance économique.

Au Bénin, les travaux physiques de reconstruction de la route Sètto – Dassa-Zoumè ont été officiellement lancés le mercredi 9 septembre. Le chantier, financé en grande partie par la Millennium Challenge Corporation (MCC) dans le cadre du compact régional, doit renforcer la capacité de cet axe stratégique pour les échanges entre le sud, le centre et le nord du pays, ainsi que vers les marchés de la sous-région.

Long de 39,45 km, le tronçon sera reconfiguré en 2×2 voies et doté d’ouvrages d’art. Les autorités béninoises attendent notamment de cette modernisation une amélioration de la sécurité routière et de la fluidité du trafic, ainsi qu’une baisse des coûts d’exploitation des véhicules. Le projet représente un investissement estimé à 291 millions USD, dont 202 millions USD apportés par le MCC et 89 millions USD par le Bénin.

Un maillon du corridor Cotonou – Niamey

La route Sètto – Dassa-Zoumè constitue un maillon important du réseau reliant le port de Cotonou aux zones situées dans le centre et le nord du Bénin. Elle supporte notamment le passage de poids lourds transportant des marchandises entre les différentes régions du pays et vers les marchés voisins.

Sa configuration actuelle, à chaussée unique, limite cependant la fluidité des déplacements, les accidents pouvant provoquer d’importantes perturbations et parfois interrompre temporairement la circulation sur cet axe. Pour les autorités, l’objectif est de contribuer à renforcer la compétitivité du corridor reliant le port de Cotonou aux marchés intérieurs et régionaux, notamment celui du Niger.

Le Compact régional prévoit également une intervention côté nigérien, avec la réhabilitation d’environ 127 km entre Niamey et Dosso.

Un investissement confronté à la crise des échanges

Le lancement des travaux survient toutefois alors que le fonctionnement du corridor Cotonou – Niamey reste affecté par la dégradation des relations entre le Bénin et le Niger. La frontière terrestre entre les deux pays demeure fermée plusieurs mois après l’annonce, en juin dernier, de discussions devant permettre sa réouverture. Niamey avait notamment annoncé la mise en place d’un comité d’experts chargé d’examiner les conditions d’une reprise des échanges transfrontaliers.

Cette situation a directement affecté les flux de marchandises entre les deux économies. Avant la fermeture de la frontière, le port de Cotonou constituait une importante porte d’entrée pour les produits destinés au marché nigérien, faisant du transit vers le Niger un élément significatif de son activité. Côté nigérien, la réduction des possibilités d’approvisionnement via le Bénin a également pesé sur les conditions d’accès à certains produits importés.

Le chantier de Sètto – Dassa-Zoumè illustre ainsi la double dimension des politiques de développement des corridors en Afrique. Alors que les Etats concentrent leurs efforts pour  améliorer les chaussées, plusieurs défis subsistent et perturbent la fluidité des échanges. Au nombre de ceux-ci figurent les longs délais des procédures douanières, les multiples post de contrôles, le rackettage policier ou l’instabilité des relations entre les pays.

 

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