Au Bénin, le soja s’impose comme la principale culture oléagineuse. Dans le cadre de la politique d’industrialisation engagée depuis quelques années, le renforcement des capacités locales de transformation devient un impératif pour absorber une production en constante progression.
Au Bénin, la filière soja franchit une nouvelle étape dans sa transformation locale avec la mise en service le 4 septembre dernier d’une unité agroindustrielle dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Implanté sur 8 hectares, le site qui représente un investissement annoncé de 28 milliards FCFA (50 millions $) est l’œuvre de l’entreprise EHUA Industries.
Selon les responsables du projet, ce complexe comprend une unité de trituration de soja d’une capacité de 300 tonnes par jour, ainsi qu’une unité d’aliments complets destinés au bétail et à la volaille, pouvant produire jusqu’à 180 000 tonnes par an.
À travers cette combinaison, l’investissement ne se limite donc pas à la transformation de la graine de soja. Il participe également à la constitution d’une chaîne de valeur reliant la production agricole à l’industrie de l’alimentation animale. Pour les autorités béninoises, cette intégration doit contribuer à accroître la valeur ajoutée créée localement et réduire la dépendance du pays aux produits importés.
Un débouché industriel supplémentaire pour les producteurs de soja
L’arrivée de cette capacité industrielle intervient dans un contexte particulier pour les producteurs de soja béninois. Depuis la campagne 2024/2025, le gouvernement a interdit les exportations de soja grains vers les marchés internationaux. La mesure vise à conserver davantage de matière première dans le pays afin d’alimenter les unités de transformation et de favoriser la création de valeur ajoutée localement.
Cette politique répond également à une préoccupation liée aux sorties frauduleuses de soja vers les pays voisins. Lors du lancement de la campagne 2024/2025, les autorités avaient notamment averti que ces flux risquaient de compromettre l’approvisionnement des industries locales et, plus largement, les efforts d’industrialisation engagés dans le pays.
Dans ce cadre, le développement de nouvelles capacités de transformation constitue un enjeu important pour la filière. En limitant les possibilités d’écoulement du soja sous forme brute à l’extérieur du pays, le Bénin doit en effet être en mesure de proposer aux producteurs des débouchés locaux suffisamment importants pour absorber les récoltes.
L’installation d’EHUA Industries apporte ainsi une capacité supplémentaire au marché intérieur. Sa seule unité de trituration pourrait théoriquement traiter jusqu’à 90 000 tonnes de graines par an sur la base de 300 jours de fonctionnement. Il s’agit d’une capacité significative, même si son niveau réel d’utilisation dépendra notamment de son approvisionnement et de son rythme de fonctionnement.
L’enjeu dépasse par ailleurs le seul marché du soja. La production d’aliments pour bétail et volaille ouvre un débouché aux produits issus de la trituration et peut contribuer à renforcer les liens entre les filières végétales et animales. Cette intégration est d’autant plus stratégique que le Bénin cherche parallèlement à développer sa production animale.
Une capacité qui arrive avec la hausse de la production
Le développement de ces infrastructures intervient alors que la production béninoise de soja enregistre une progression soutenue. Selon les données de la Direction de la statistique agricole, les volumes récoltés ont plus que doublé en l’espace de quatre ans passant d’environ 257 000 tonnes en 2019 à 520 900 tonnes en 2023.
Cette dynamique ne semble pas appelée à s’arrêter. Pour la campagne agricole 2026/2027, le gouvernement béninois vise une production de 770 000 tonnes. Cet objectif s’il se réalise signerait une progression de près de 48 % par rapport à 2023.
La multiplication des capacités industrielles devient donc un élément important de la stratégie agricole du pays. Plus les volumes produits augmentent, plus le Bénin doit disposer d’unités capables de transformer cette matière première en produits à plus forte valeur ajoutée. L’enjeu sera donc désormais moins de produire davantage de soja que de s’assurer que l’outil industriel suit le rythme de croissance de la production.






























