Face à des difficultés qui semblent se répéter d’un exercice à l’autre, la compagnie aérienne kényane voit l’État lui apporter un nouveau souffle. Mais ce soutien, aussi nécessaire soit-il, ne répond pas à la question de fond. Cette impulsion permettra-t-elle enfin de rompre avec un cycle de fragilités anciennes, ou n’est-ce que le report d’une exigence d’une refondation plus profonde ?
Le Cabinet kényan a approuvé la semaine dernière un financement d’actionnaire de 45,4 milliards de shillings (environ 350 millions USD) en faveur de Kenya Airways (KQ). Les fonds seront versés par tranches, sous la supervision du Trésor, et le prêt, qui pourra être converti en capital, sera remboursable sur 10 ans au plus. Il est destiné à régler les obligations urgentes de la compagnie, à financer la maintenance, et à remettre en service les avions immobilisés au sol.
Le Cabinet a pris une autre décision : valider la conversion de 122 milliards de shillings de prêts publics en instrument assimilé à des fonds propres. Au taux de change implicite de l’annonce, soit environ 130 shillings pour un dollar, cette somme représente quelque 940,3 millions USD. Avec les 350 millions USD du nouveau financement, l’engagement de l’État dépasse ainsi 1,29 milliard de shillings, soit environ 1,3 milliard USD.
Les deux mesures n’ont pas la même nature. Le financement d’actionnaire apporte de la trésorerie fraîche, alors que la conversion ne fait pas entrer d’argent dans les caisses. Elle transforme une dette envers l’État en quasi-fonds propres, ce qui allège le bilan de la compagnie et améliore sa structure financière. Les deux volets relèvent pourtant du même mouvement : l’État porte l’essentiel de l’effort de redressement.
Une enveloppe proche des 1,5 milliard $ recherchés en juin
Ce total de 1,3 milliard USD se rapproche du montant que Kenya Airways disait vouloir lever en juin dernier, soit 1,5 milliard USD, pour financer son plan de redressement. La compagnie avait alors évoqué plusieurs pistes : l’ouverture du capital à un investisseur stratégique, des partenariats avec d’autres transporteurs et un nouvel appui de l’État. Le Cabinet semble avoir retenu la troisième.
L’objectif de juin visait à réduire l’endettement, à soulager la trésorerie, à répondre aux difficultés opérationnelles et à compenser le manque d’avions. La conversion de prêts n’agit que sur le premier de ces points. Seuls les 350 millions USD répondent aux besoins de trésorerie et d’exploitation.
Des besoins qui restent importants
Le financement intervient après un premier semestre difficile. La perte nette s’est creusée à 17,12 milliards de shillings, contre 12,2 milliards un an plus tôt, un niveau proche de celui de l’ensemble de l’exercice 2025. Les recettes ont pourtant progressé de 9,1 %, à 81,25 milliards de shillings. Mais les charges d’exploitation ont augmenté de 13,8 %, à 91,9 milliards.
Selon le président du Conseil d’administration, Kiprono Kittony, le coût kérosène a augmenté de 66 % en raison des tensions au Moyen-Orient, ce qui a fait grimper de 32 % les dépenses de carburant. Celles-ci ont représenté environ 29 milliards de shillings, soit près d’un tiers des coûts d’exploitation, d’après le directeur général par intérim, George Kamal. La compagnie a aussi dû immobiliser trois Boeing 787-8 Dreamliner, faute de moteurs et de pièces de rechange. D’autres appareils ont été retirés du service pour maintenance. Ce sont ces avions que les nouveaux fonds doivent aider à remettre en service.
Le Trésor détient 48,9 % du capital de Kenya Airways. La clause de conversion du financement de 350 millions USD pourrait relever cette part. Elle pourrait aussi modifier l’équilibre de l’actionnariat avant l’arrivée d’un éventuel investisseur stratégique. Les conditions précises de la conversion, qui n’ont pas été détaillées, seront déterminantes pour la suite.






























