Marché du cuivre : Pourquoi l’excédent attendu en 2027 ne calmera pas la flambée des prix

Les prévisions mondiales de production et de consommation ne suffisent pas à expliquer les cours du cuivre. La répartition des stocks entre les grandes régions consommatrices et les difficultés d’approvisionnement des fonderies éclairent aussi les tensions sur le marché.

Le marché mondial du cuivre raffiné devrait dégager un excédent de 104 000 tonnes en 2026, puis de 368 000 tonnes en 2027, selon les prévisions publiées le 14 octobre par le Groupe international d’étude du cuivre (ICSG). Ces perspectives interviennent alors que les cours du métal évoluent près de leurs sommets historiques, après un record de 14 875 dollars la tonne atteint en septembre sur le London Metal Exchange (LME). Cette situation tient notamment à la répartition géographique des stocks, qui peut limiter l’accès au cuivre dans certaines régions.

L’ICSG anticipe pour 2027 une hausse de 3,4 % de la production mondiale de cuivre raffiné, contre 2,5 % pour la consommation. Son scénario repose notamment sur la montée en puissance de fonderies et raffineries en Indonésie, en Inde et dans l’Union européenne, ainsi que sur une amélioration de l’approvisionnement en concentrés. Mais les volumes produits à l’échelle mondiale ne suffisent pas à déterminer la quantité de métal effectivement disponible pour les industriels sur chaque marché.

Les droits de douane déplacent le métal

Pour comprendre cette différence, il faut suivre les mouvements de cuivre entre les continents. En juillet 2025, les anticipations de droits de douane américains sur le cuivre raffiné ont creusé l’écart entre les prix pratiqués à New York et à Londres. Les négociants pouvaient alors acheter du métal au prix londonien et le revendre plus cher aux États-Unis, après déduction des coûts de transport et des autres frais. La décision de Washington d’exempter finalement le cuivre raffiné de ses nouvelles taxes a réduit cet avantage, sans mettre fin aux incertitudes.

La Maison-Blanche a en effet prévu de réexaminer l’opportunité d’instaurer des droits de 15 % sur le cuivre raffiné à partir de 2027, puis de 30 % en 2028, une perspective qui a encouragé la poursuite des expéditions vers les États-Unis. Cette accumulation répond à une logique de stockage anticipé, distincte des besoins industriels immédiats, avec un résultat visible dans les inventaires. Début septembre, Benchmark Mineral Intelligence recensait 800 000 tonnes de cuivre aux États-Unis sur les 994 000 tonnes de stocks visibles dans les réseaux d’entrepôts agréés par trois principales places de marché que sont Londres, New York et Shanghai.

« Si ces expéditions [vers les Etats-Unis, Ndlr] ne réduisent pas les stocks mondiaux, elles ont pour effet de bloquer le métal sur un marché qui représente moins de 10 % de la demande mondiale de cuivre, ce qui le rend moins facilement accessible aux consommateurs ailleurs et resserre le marché physique dans les régions où se concentre la majorité de la demande », explique alors le courtier Saxo (ex Saxo bank) qui y trouve une partie de l’explication de la hausse des prix.

Tensions en Chine

Le mouvement décrit ci-dessus pourrait toutefois perdre de son intensité. Selon Reuters, l’écart de prix entre les marchés américain et londonien s’était réduit à environ 310 dollars la tonne le 14 octobre, diminuant l’intérêt économique de nouvelles expéditions vers les États-Unis. En juillet 2025, l’écart se situait à environ 3 000 dollars la tonne. La redistribution de l’offre de cuivre raffiné intervient par ailleurs dans un contexte de difficultés persistantes de la production minière. L’ICSG a en effet réduit de 1,6 % à 1,3 % sa prévision de croissance de la production mondiale des mines de cuivre pour 2026.

Les conséquences des incidents survenus en 2025 à Grasberg, en Indonésie, et à Kamoa-Kakula, en RDC, continuent notamment de peser sur l’approvisionnement mondial. Les perturbations dans l’offre minière compliquent l’activité des fonderies, qui ont besoin de concentrés issus des mines pour produire du cuivre raffiné. Le phénomène est particulièrement visible en Chine, premier consommateur mondial de cuivre raffiné avec 59 % de la demande selon l’ICSG. Ses fonderies disposent de capacités de traitement importantes, mais se disputent des quantités limitées de concentrés. Cette concurrence a fait plonger en territoire négatif les frais de traitement pratiqués sur le marché au comptant, signe que les capacités disponibles dépassent l’offre de matière première.

À cette tension en amont s’est ajoutée une diminution des stocks chinois de métal raffiné. Début septembre, Saxo soulignait leur forte baisse dans les entrepôts suivis par la Bourse de Shanghai, à l’approche d’une période traditionnellement soutenue de consommation. Les expéditions de cuivre vers les États-Unis ont contribué à réduire les disponibilités ailleurs, notamment sur le marché asiatique. La situation évolue néanmoins. Selon Shanghai Metals Market, les stocks de cuivre suivis dans les principales régions chinoises ont augmenté de 12 100 tonnes sur une semaine, pour atteindre environ 110 000 tonnes au 15 octobre.

Des perspectives encore divergentes pour 2027

L’ampleur des excédents prévus et leurs conséquences sur les prix font d’ailleurs débat entre les analystes. Macquarie anticipe des surplus mondiaux dépassant en moyenne 700 000 tonnes par an à partir de 2027. La banque estime notamment qu’un abandon explicite des droits de douane américains pourrait provoquer une baisse des cours et favoriser le retour du métal rouge vers les entrepôts internationaux.

BMO Capital Markets présente un scénario différent. La banque prévoit de légers déficits sur le marché à partir de 2027 et, sur la base d’échanges avec des investisseurs, considère qu’une partie des stocks américains pourrait rester immobilisée plusieurs années. Elle estime aussi que les volumes accumulés aux États-Unis correspondent en partie à un déplacement géographique de stocks précédemment moins visibles, notamment en Chine, plutôt qu’à une augmentation équivalente des réserves mondiales.

L’évolution du marché dépendra donc à la fois de la reprise attendue de la production minière, de la consommation chinoise et des décisions commerciales américaines. Les écarts de prix entre Londres et New York, ainsi que les stocks disponibles en Chine, permettront notamment de suivre si l’excédent annoncé par l’ICSG s’accompagne effectivement d’un meilleur approvisionnement des industriels hors des États-Unis.

 

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