Alors que le trafic aérien africain est en plein essor, la question de la place des transporteurs locaux dans cette croissance reste entière. Les écarts de connectivité et de compétitivité entre marchés pourraient continuer à peser sur la répartition des revenus du secteur.
En août 2026, la capacité en sièges proposée sur le marché africain a augmenté de 8,8 % sur un an, selon les dernières données de l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA). Sur les liaisons intra-africaines, la progression atteint 10,5 %, soutenue par l’expansion des réseaux, l’ouverture de nouvelles routes et l’utilisation d’appareils de plus grande capacité.
Cette progression de l’offre n’est toutefois pas parrallèle à celle des transporteurs africains. En juin 2026, ces derniers représentaient 51,1 % du trafic international total, contre 48,9 % pour les compagnies non africaines. L’écart se creuse fortement lorsqu’on se limite aux liaisons intercontinentales : les compagnies africaines ne captaient alors que 36,7 % du trafic, contre 63,3 % pour leurs concurrentes étrangères.
Le contraste est d’autant plus marqué que les transporteurs africains disposent d’une part importante de la capacité intercontinentale. En août, ils représentaient 62,4 % de la capacité disponible sur ces liaisons, contre 37,6 % pour les compagnies non africaines. Leur niveau de capacité ne se traduit donc pas mécaniquement par une part équivalente du trafic.
Un marché appelé à changer d’échelle
Cette situation survient alors que les perspectives de croissance du transport aérien africain restent importantes. En 2024, quelque 175 millions de passagers avaient transité par les aéroports du continent, contre environ 95 millions dix ans plus tôt. Le trafic devrait atteindre 345 millions de passagers en 2043, soit plus du double en moins de vingt ans, avec une croissance annuelle moyenne estimée à environ 3,7 %.
Cette progression devrait accroître la valeur économique du marché aérien africain, mais elle pose également la question de la répartition de cette croissance entre les différents transporteurs. Une grande partie du trafic reste orientée vers l’extérieur du continent : environ 80 % des passagers africains voyagent sur des liaisons internationales et plus de trois quarts des passagers internationaux empruntent des compagnies non africaines, selon les données citées par l’IATA.
La faiblesse de la connectivité intra-africaine constitue un autre élément de ce déséquilibre. Alors que les déplacements entre marchés africains pourraient soutenir davantage le commerce, le tourisme et les échanges professionnels, les liaisons directes restent limitées sur plusieurs corridors. La progression de 10,5 % de la capacité intra-africaine enregistrée en août montre néanmoins que les compagnies développent progressivement cette partie de leur réseau.
Le coût reste un facteur déterminant
Pour les compagnies africaines, la question de la compétitivité dépasse toutefois l’ouverture de nouvelles routes. Les coûts d’exploitation constituent une contrainte importante dans un secteur où le carburant, la maintenance, le financement des appareils et les taxes pèsent directement sur les marges.
L’AFRAA souligne d’ailleurs que la croissance de la demande ne s’accompagne pas nécessairement d’une amélioration équivalente de la rentabilité. Dans une communication publiée en septembre, l’association indique que les transporteurs africains anticipent une marge de seulement 1,3 % en 2026, alors que le trafic passagers devrait progresser de 21,5 %.
Les données de performance montrent parallèlement une progression de 9 % des ASK, indicateur de l’offre disponible, en juillet 2026 sur un an, contre une hausse estimée à 5,8 % des RPK, qui mesure le trafic passagers effectivement réalisé. Les deux indicateurs ne couvrent pas exactement les mêmes dimensions du marché, mais leur évolution illustre la nécessité pour les compagnies de transformer l’augmentation de leur capacité en trafic et en revenus.
À plus long terme, la question liée au développement des réseaux suffisamment compétitifs pour capter une part plus importante de la demande devrait prendre davantage d’importance. Les projections de Boeing publiées en septembre tablent sur une croissance annuelle moyenne du trafic aérien africain de 5,8 % jusqu’en 2045 et sur un besoin de près de 1 200 nouveaux avions pour accompagner cette expansion. Le marché devrait ainsi offrir davantage de possibilités aux transporteurs, mais leur capacité à financer les flottes, maîtriser leurs coûts et développer des réseaux rentables restera déterminante.
La mise en œuvre effective du Marché unique africain du transport aérien (SAATM) constitue également un facteur important pour la connectivité. L’AFRAA continue d’identifier sa mise en œuvre, avec le renforcement des capacités institutionnelles et un financement durable, parmi les priorités du secteur. En parallèle, l’association relève que la connectivité intra-africaine reste structurée par une utilisation encore limitée des droits de trafic de cinquième liberté, qui représentent 23 % de la capacité intra-africaine, contre 39 % pour la troisième liberté et 38 % pour la quatrième.
L’expansion attendue du marché africain offre donc un potentiel considérable aux compagnies du continent. Mais l’évolution de l’offre et du trafic devra être accompagnée par une amélioration de la connectivité, des conditions d’exploitation et de la compétitivité des transporteurs si les compagnies africaines veulent accroître leur présence sur un marché international où les opérateurs étrangers occupent encore une place importante.






























