Hubs logistiques s’intensifie : entre le Maroc Dakhla, Abidjan, Lagos et Lomé

Face à une recomposition profonde des flux commerciaux africains, les grandes métropoles portuaires du continent rivalisent d’investissements massifs pour capter les routes de demain et s’imposer comme porte d’entrée majeure des échanges sous-régionaux.

L’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL) a lancé, mardi 1er septembre, un appel d’offres pour les études techniques de la future zone d’activités économiques et logistiques d’El Argoub, dans la province d’Oued Eddahab. L’initiative vise à positionner le futur port de Dakhla comme un débouché maritime pour les pays du Sahel et à capter une partie du commerce qui transite aujourd’hui par les grands hubs ouest-africains.

El Argoub fait partie d’un dispositif logistique plus large, qui comprend le centre routier et la future zone de commerce et de distribution d’El Guerguerat. Les trois projets doivent constituer un écosystème logistique intégré autour de Dakhla Atlantique et renforcer les connexions commerciales avec l’Afrique subsaharienne.

D’après les estimations du ministère de l’Équipement, le port affiche 65 % d’avancement pour une mise en service en 2029. Sa capacité atteindra 35 millions de tonnes, adossée à une zone industrielle de 1 650 hectares. Son coût total est de 15 milliards de dirhams, soit environ 1,6 milliard de dollars.

Dakhla veut prendre une part des flux régionaux

Dakhla ne cherche pas seulement à devenir un nouveau port marocain. Le pari est d’en faire un point d’ancrage dans un marché où Abidjan, Lomé, Lekki et bientôt Ndayane disposent déjà d’un avantage décisif : des flux commerciaux et des corridors établis.

Le Port autonome d’Abidjan a traité 46,6 millions de tonnes en 2025, enregistrant une hausse de 16,1 % en glissement annuel. Lekki, inauguré en 2023 pour 1,5 milliard de dollars, est « le seul port en eau profonde du Nigeria et l’un des plus profonds d’Afrique subsaharienne », indique la direction générale du Trésor français. Le Sénégal développe le port de Ndayane avec DP World pour 1,2 milliard de dollars sur deux phases. À Lomé, la Mediterranean Shipping Company (MSC) exploite depuis 2014 un hub de transbordement régional établi. Ces plateformes disposent de trafics, de connexions maritimes et de corridors commerciaux construits sur des années.

Face à ces acteurs établis, Dakhla mise sur un atout distinctif : son positionnement à l’extrémité sud du Maroc. L’articulation entre le port, la zone logistique d’El Argoub et le poste-frontière d’El Guerguerat ouvre un corridor terrestre vers la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest. L’ampleur des investissements ne garantit cependant pas l’arrivée des marchandises. Le véritable défi sera de convaincre les opérateurs d’intégrer cette nouvelle porte d’entrée dans leurs chaînes logistiques.

En Afrique, les coûts logistiques représentent 35 % du prix final d’un produit, soit trois fois plus qu’en Europe, selon une estimation reprise par le forum Dakhla Africa Logistics. La Banque africaine de développement estimait, dans une étude de référence, les besoins d’investissement du continent en infrastructures entre 130 et 170 milliards de dollars par an, avec un déficit de financement compris entre 67,6 et 107,5 milliards de dollars. Dans cette conjoncture, les ports ne se livrent plus seulement une bataille de capacité. Ils cherchent à contrôler les corridors vers les marchés intérieurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dans la même rubrique

L'actualité africaine en vidéo

Les plus consultés

Nos Rubriques