Le Niger interdit l’exportation d’essence et de gasoil pour ravitailler son marché intérieur

Le Niger raffine son brut à Zinder depuis 2011, sans avoir élargi ses capacités. Cette installation unique porte seule le poids d’une demande intérieure que le marché informel ne comble plus.

Le Niger interdit désormais l’exportation de son essence super et de son gasoil. L’Agence nigérienne de presse (ANP) a rendu cette décision publique samedi 17 octobre. La mesure vise à réserver au marché domestique la production de carburants de l’unique raffinerie du pays, alors que les stations-service sont confrontées à des difficultés d’approvisionnement depuis plusieurs semaines.

Cette interdiction repose sur un arrêté du ministre du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, signé le 12 octobre. Le texte prévoit que la production nationale d’essence super et de gasoil doit servir en priorité le marché intérieur. Une dérogation est prévue pour les ventes à l’étranger. En cas de surplus, la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) et la Société de raffinage de Zinder (Soraz) peuvent exporter, à condition d’obtenir une autorisation spéciale du ministre chargé du Commerce avant chaque opération d’exportation.

Le contrôle de cette règle revient aux agents du ministère du Commerce, aux douaniers et aux Forces de défense et de sécurité, habilités à constater et réprimer les infractions. Cinq secrétaires généraux de ministères sont chargés de l’exécution de l’arrêté, dont la publication au Journal officiel est annoncée par l’ANP.

Cette décision intervient alors que le pays fait face à des difficultés persistantes d’approvisionnement. Producteur de pétrole depuis 2011, le Niger dispose à Zinder d’une raffinerie d’une capacité nominale de 20 000 barils par jour.

Un marché sous pression persistante

Début octobre, devant le Conseil consultatif de la Refondation, l’ancien directeur de la Sonidep, Ali Saibou Hassane, limogé trois jours avant l’arrêté, a évalué les livraisons quotidiennes de la raffinerie à 1,6 million de litres.

En juin dernier, le ministère du Pétrole estimait la consommation quotidienne à 2,5 millions de litres d’essence et entre 1,4 et 2 millions de litres de gasoil. Sur les huit premiers mois de 2026, le ministre a également fait état d’écarts cumulés de 196,62 millions de litres pour l’essence super et de 52,60 millions pour le gasoil entre les livraisons de la Soraz et les sorties de la Sonidep.

Ce déséquilibre est associé au recul du marché informel. Selon l’ancien dirigeant de la Sonidep, le carburant introduit frauduleusement depuis le Nigeria couvrait jusqu’à la moitié de la consommation nationale. Sa raréfaction aurait reporté une partie de la demande vers les stations-service officielles, a expliqué l’ex-responsable.

Cette production nationale alimentait, jusqu’à récemment, plusieurs pays voisins. Comme rapporté par Agence Ecofin en février 2024, le Niger a signé un protocole de fourniture de gasoil au Burkina Faso, au Mali et au Tchad. En avril de la même année, il s’est engagé à livrer 150 millions de litres au Mali pour alimenter les centrales électriques d’Énergie du Mali (EDM-SA).

Selon l’ancien patron de la Sonidep, les livraisons vers ces pays étaient interrompues depuis mars/avril 2026, mais les chiffres des volumes effectivement livrés avant cette interruption n’ont pas été rendus publics. À ce stade, l’arrêté ne précise ni la durée de l’interdiction ni les conditions de sa levée.

Face aux tensions récurrentes sur l’approvisionnement en carburant, le Niger prévoit à Dosso, au sud-ouest du pays, une deuxième raffinerie d’une capacité nominale de 100 000 barils par jour. Mi-août dernier, Niamey a scellé avec le canadien Zimar Inc. un accord de 1,9 milliard de dollars à cet effet.

 

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