Dans la course à l’approvisionnement en minerais critiques, chaque concurrent avance ses arguments pour sécuriser de nouvelles sources en Afrique. Des initiatives qui interviennent alors que les pays producteurs africains accordent une importance croissante à la création de valeur sur leur sol.
Pour les États-Unis, la coopération avec le Kenya dans les minerais critiques passera aussi par la valorisation locale. C’est du moins ce qu’a affirmé, selon Reuters, Frank Garcia, secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique, le mercredi 9 septembre à Nairobi, en indiquant que Washington aiderait le Kenya à développer une industrie de transformation des minerais critiques.
Un discours récurrent dans les initiatives américaines visant à sécuriser de nouvelles sources d’approvisionnement sur le continent, mais dont les contours restent encore flous quant à sa portée réelle.
Les premières étapes toujours au menu
Les USA mènent une offensive soutenue pour sécuriser une partie de leur approvisionnement en minerais critiques en Afrique, tout en cherchant à réduire leur dépendance aux chaînes de valeur dominées par la Chine. Terres rares, cuivre, cobalt ou encore graphite, plusieurs minerais sont ciblés à travers des partenariats bilatéraux entre États, comme celui conclu avec la République démocratique du Congo en décembre 2025 ou le soutien financier accordé par des agences fédérales telles que la DFC à des projets en développement. Derrière ces différentes initiatives, la promesse de favoriser une valorisation accrue des minerais apparaît régulièrement en filigrane, voire comme un objectif affiché.
Mais les premières concrétisations semblent surtout privilégier les premiers maillons des chaînes de valeur. En RDC, dans le prolongement de l’accord conclu avec Kinshasa, la DFC annonçait ainsi en février qu’une coentreprise portée par la société publique congolaise Gécamines avait commencé à expédier vers les États-Unis environ 100 000 tonnes de cuivre. L’enjeu apparaît encore plus clairement avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC). Dans le cadre d’un partenariat avec la société américaine EVelution Energy, l’entité congolaise prévoit de fournir du cobalt issu des mines artisanales du pays afin d’alimenter une future usine de sulfate de cobalt (produit plus valorisé) en Arizona.
Le cas du graphite mozambicain va dans le même sens. À Balama, plus grande mine d’Afrique de ce matériau pour batteries et bénéficiant depuis plusieurs années d’un important appui financier de la DFC, Syrah Resources produit un concentré de graphite en flocons. Mais sa transformation en graphite sphérique, produit à plus forte valeur ajoutée destiné notamment aux anodes des batteries lithium-ion, est réalisée dans l’usine du groupe en Louisiane, aux États-Unis.
En Angola, le projet de terres rares Longonjo prévoit quant à lui une production locale de carbonate mixte de terres rares (MREC), avant l’acheminement de cette matière vers les États-Unis pour les étapes ultérieures de transformation et de fabrication d’aimants.
Un périmètre de transformation qui reste à préciser
Ces exemples dessinent un modèle plus nuancé qu’une simple opposition entre extraction africaine et transformation aux États-Unis. Il s’observe surtout une répartition des différents maillons des chaînes de valeur selon les projets, avec certaines opérations de traitement réalisées sur le continent et des étapes plus avancées susceptibles de rester orientées vers les États-Unis. Mais à mesure que les pays africains font de la transformation locale une priorité de leurs politiques minières, une question se pose avec insistance : jusqu’où les États-Unis entendent-ils pousser cette valorisation sur le continent ?
Cette interrogation prend une dimension particulière lorsqu’on la rapproche des efforts déployés parallèlement par Washington sur son propre territoire. En mars 2026, le département américain de l’Énergie a annoncé jusqu’à 500 millions USD pour accroître les capacités nationales de traitement des minerais et matériaux critiques, ainsi que de fabrication et de recyclage liés aux batteries. En avril, il a ajouté jusqu’à 69 millions USD pour financer le prototypage et le déploiement pilote de nouvelles technologies de traitement, notamment dans les terres rares.
La place de l’Afrique dans cette montée en gamme dépendra donc moins de la présence d’une activité de traitement sur le continent que de sa profondeur, c’est-à-dire du nombre de maillons de la chaîne de valeur que les pays producteurs parviendront à conserver localement. La réponse ne dépendra toutefois pas uniquement des ambitions américaines. Elle se jouera aussi dans la capacité des États africains à définir précisément ce qu’ils attendent de leurs partenaires et à négocier la localisation des différentes étapes de transformation.
Le cas du Zimbabwe dans le lithium en fournit déjà une illustration. Face aux exigences de Harare en matière de valeur ajoutée locale, des investisseurs chinois développent des capacités permettant de produire sur place des produits davantage transformés. Les discussions en cours entre Washington et Nairobi offre ainsi nouveau point d’observation de la manière dont ces enjeux se traduiront concrètement dans les futurs partenariats américains en Afrique.






























