Orpaillage illégal : le Gabon verrouille sa filière pour stopper les pertes

Après la suspension de l’exploitation aurifère à petite échelle, le Gabon retire des dizaines de permis. Cette opération s’inscrit dans une réorganisation visant à mieux contrôler la production et la vente d’un or dont une partie continue d’échapper aux circuits officiels.

Le Gabon poursuit l’assainissement de son secteur aurifère. Le ministère des Mines a annoncé la semaine dernière le retrait de 52 titres miniers, selon le décompte officiel, dont plusieurs concernent l’or, à l’issue d’un audit lancé fin juin. Au-delà de la sanction des manquements constatés sur les titres concernés, ces retraits ouvrent la possibilité de réattribuer des concessions et de renforcer le rôle de la Société équatoriale des mines (SEM), entreprise publique qui occupe une place croissante dans la filière aurifère.

L’opération, achevée le 16 octobre dernier, fait suite à la suspension des activités aurifères à petite échelle annoncée en juin, après le démantèlement d’un réseau d’exploitation illégale dans la Ngounié. Le gouvernement assure que les titres retirés reviennent dans le domaine public, mais cela ne signifie pas que l’État peut les réattribuer immédiatement. Selon le Code minier de 2019, un recours introduit dans les 60 jours suivant la notification d’un retrait en suspend l’exécution.

Pour les gisements revenus dans le domaine public après leur découverte ou leur exploitation, le Code minier prévoit également un délai de plus de trois mois après la publication de ce retour au Journal officiel avant toute nouvelle attribution. Le calendrier dépendra donc des procédures engagées et d’éventuelles contestations. L’État pourrait ensuite attribuer les périmètres à des investisseurs ou envisager leur exploitation par la SEM. Un décret de 2023 accorde à l’opérateur national un droit de préemption sur les zones concernées par un retrait et l’autorise à développer des partenariats. En septembre, la SEM a déjà annoncé la signature de trois conventions d’exploitation et l’obtention de nouveaux permis, dont celui de Mboumba.

L’or informel, un défi persistant

Cette montée en puissance de la SEM intervient alors que la suspension annoncée en juin demeure applicable aux autres opérateurs de l’exploitation minière à petite échelle qui n’ont pas reçu d’autorisation. La SEM, pour sa part, a obtenu le 7 septembre la levée de sa suspension à l’issue d’un audit. L’assainissement engagé par les autorités vise en effet des pratiques qui dépassent l’orpaillage clandestin et concernent aussi des entreprises titulaires de permis miniers.

Dans un entretien accordé au média local Les Échos de l’Éco, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, dénonce ainsi des entreprises qui exploitent l’or avec un simple permis de recherche, sans acquitter les taxes dues. « Certains rendaient leur permis de recherche en prétendant n’avoir rien trouvé, après avoir en réalité déjà exploité », affirmait-il.

Les volumes concernés restent difficiles à mesurer. Le rapport ITIE chiffre la production officielle à 425 kg en 2023, tandis que l’organisation suisse SWISSAID estimait en 2024 la production informelle entre une et deux tonnes par an. En juin, Libreville a également évoqué des pertes annuelles de près de 75 milliards FCFA (127 millions de dollars) liées au commerce illégal, selon une estimation de l’Agence nationale des parcs nationaux, dont la méthode de calcul n’a pas été précisée.

Le Gabon dispose pourtant du Comptoir gabonais de collecte de l’or et d’une raffinerie, dont la capacité annoncée atteint 7 à 10 tonnes d’or par an. Le gouvernement entend désormais imposer le passage de toute la production nationale par cette raffinerie et réserver les ventes aux comptoirs agréés, sous réserve de l’adoption du nouveau Code minier. Alors que le prix de l’or a plus que doublé depuis 2020 et se négocie autour de 4 000 dollars l’once, l’enjeu financier est d’autant plus important. Mais la reprise éventuelle des permis par la SEM ne signifie pas que les circuits informels reculeront immédiatement. L’efficacité des réformes dépendra aussi des prix proposés aux producteurs, des conditions de paiement et de la capacité des autorités à surveiller les flux d’or.

 

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