Plus d’un siècle après la révolution industrielle, la révolution numérique continue de transformer le monde et de stimuler l’innovation. Elle redessine aussi les besoins de l’industrie minière, de plus en plus tournée vers des métaux rares dont l’importance stratégique ne cesse de croître.
Mercredi 21 octobre, African Critical Elements (ACE) a annoncé l’acquisition du projet Karibib, en Namibie, qui abrite « la plus importante ressource de rubidium répertoriée en Afrique ». Alors que la société entend étudier les options permettant de concrétiser le potentiel de cet actif, cette opération pourrait, à terme, ouvrir à l’Afrique la voie d’un nouveau débouché minier sur un marché encore restreint, mais stratégique pour certaines économies, dont les États-Unis. Décryptage des usages et des perspectives de ce métal rare.
Aucune source de production officielle en 2025
Métal alcalin rare, le rubidium entre dans la fabrication de verres spéciaux utilisés notamment dans les télécommunications par fibre optique, ainsi que dans certains équipements électroniques et les horloges atomiques. Il suscite également un intérêt croissant dans la recherche sur l’informatique quantique. Rarement présent sous la forme de minerais qui lui sont propres, il se retrouve généralement en faibles concentrations dans des roches contenant notamment du lithium ou du césium. Il est ainsi récupéré comme sous-produit du traitement de certains minéraux, dont la lépidolite, un mica riche en lithium, et la pollucite, principalement exploitée pour son césium.
Selon l’US Geological Survey (USGS), aucune donnée officielle de production mondiale n’était disponible pour 2025. L’institution ne dispose pas non plus d’estimations suffisamment fiables pour établir les réserves de rubidium par pays. Elle identifie néanmoins l’Australie, le Canada, la Chine et la Namibie comme des pays abritant des réserves, pour un total inférieur à 200 000 tonnes de matériaux contenant du rubidium récupérable. Cette absence de statistiques ne signifie toutefois pas qu’aucune production n’a lieu. Comme le souligne l’USGS, « les stocks existants, situés sur plusieurs anciens sites miniers, ont continué d’alimenter les raffineries en aval ».
Outre la Namibie, la Zambie figure également parmi les pays disposant de ressources en rubidium, principalement associées à des gisements de pegmatites. L’Afghanistan, l’Australie, le Canada, la Chine, le Danemark, l’Allemagne, le Japon, le Kazakhstan et les États-Unis sont aussi cités parmi les pays où des ressources ont été identifiées. Cette géographie relativement restreinte, conjuguée à l’absence de marché organisé et à la faiblesse des volumes échangés, contribue à en faire un métal particulièrement coûteux.
Le prix affiché illustre cet écart. Le jeudi 22 octobre, le carbonate de rubidium à 99 % était coté autour de 1 135 USD/kg en Chine, selon le Shanghai Metals Market (SMM), soit l’équivalent théorique de 1,135 million USD la tonne. À titre de comparaison, le carbonate de lithium de qualité batterie était coté à environ 14 845 USD la tonne sur la même plateforme. Le prix unitaire du carbonate de rubidium apparaît ainsi près de 76 fois supérieur à celui du carbonate de lithium. Cette comparaison doit toutefois être interprétée avec prudence. Contrairement au lithium, dont le marché est soutenu par une demande industrielle massive, notamment pour les batteries, le rubidium s’échange sur un marché de niche. Les cotations ne permettent pas de déduire directement la rentabilité d’un gisement, laquelle dépend de la quantité effectivement récupérable, des coûts d’extraction et de séparation, ainsi que de la qualité du produit final.
Des projets d’exploitation en étude
Pour ACE, ces différents paramètres seront déterminants dans les choix de développement. Karibib est actuellement envisagé comme une future exploitation polymétallique, susceptible de produire du lithium, du césium et du rubidium. La ressource déclarée associée au projet comprend notamment 22 822 tonnes d’oxyde de rubidium (Rb₂O). Aucun calendrier de production n’a toutefois été annoncé à ce stade, ACE cherchant encore à actualiser les paramètres techniques et économiques de l’actif.
La société prévoit notamment d’étudier la mise en place initiale d’une unité de concentration de lépidolite. En Australie, le projet Mt Edon d’Everest Metals Corporation est également présenté par son promoteur comme une future source potentielle d’approvisionnement stratégique en rubidium. Il dispose de ressources minérales estimées à 4,3 millions de tonnes, avec des teneurs moyennes de 0,23 % de Rb₂O et de 0,10 % d’oxyde de lithium (Li₂O).
Ces deux projets doivent néanmoins franchir plusieurs étapes avant d’envisager une mise en production. Il leur faudra notamment préciser le potentiel économiquement exploitable des ressources, approfondir les études techniques et économiques, puis obtenir les autorisations réglementaires et réunir les financements nécessaires à la construction. Leur évolution constituera ainsi un indicateur important de la capacité du secteur minier à structurer une offre de rubidium plus visible, et de la trajectoire à moyen et long terme d’un marché encore étroit, dont les perspectives restent à suivre.





























