Culture et diaspora africaine : quand le Fâ s’invite au Carnaval de Rio

Un prêtre de Fâ brandissant le signe issu du Tofa (consultation de Fâ annuelle) lors des Vodun Days 2026 au Bénin

Le Carnaval de Rio, l’une des plus grandes fêtes populaires du monde, célébration métisse et emblématique de l’identité brésilienne, combine des influences européennes et africaines. L’édition 2026 fait un clin d’œil à l’« horoscope africain », l’Ifá.

Les Cariocas ont vibré pendant cinq jours de festivités, du vendredi 13 au mardi 18 février, avec pour point d’orgue la dernière nuit du Carnaval, marquée par la parade des écoles de samba du groupe spécial. L’école Paraíso do Tuiuti s’est distinguée par son enredo [NDLR, terme portugais pour désigner le narratif du défilé] intitulé « Lonã Ifá Lukumí ».

Le terme « lonã » en yoruba signifie « chemin » ou « route », tandis que « lukumí » renvoie à la tradition religieuse yoruba dans les Caraïbes, la santería. L’expression « Le chemin d’Ifá Lukumí » évoque alors le parcours de cette tradition depuis ses racines en Afrique de l’Ouest jusqu’aux Amériques.

Le défilé carnavalesque a également été marqué par la présence d’un char garni de symboles de l’Égypte antique, un rappel de l’influence de cette civilisation africaine sur la tradition qui se perpétue.

Parade au Carnaval de Rio

Par ailleurs, il convient de notifier que la Parade des vainqueurs qui a lieu ce samedi 21 février est un événement supplémentaire après la clôture officielle destiné à mettre en avant des écoles les plus remarquables.

« Le Carnaval est ma passion. C’est là que je peux guérir toutes mes blessures et apaiser ma tristesse. Le Carnaval est mon amour, ma passion, et je ne le laisserai jamais s’éteindre », déclare Rebeca Vitoria, porte-étendard d’une école de Samba, qui explique que le Carnaval dépasse la simple fête.

La seule évocation de l’Ifá plonge dans les racines profondes d’une culture séculaire venue d’Afrique de l’Ouest. Le Carnaval est aussi un espace de résistance culturelle, où les héritages africains longtemps marginalisés sont devenus une source de fierté nationale.

Sens et portée spirituelle d’Ifá, du Fâ ou Afa

Inscrit depuis 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’Ifá est défini par l’Unesco comme un système divinatoire et spirituel qui s’appuie sur un corpus étendu de récits et de formules mathématiques. Il est pratiqué par plusieurs peuples d’Afrique, en l’occurrence les Yorubas (Ifá), les Fons (Fâ), les Ewes et les Minas (Afa) ainsi que par les communautés issues de la diaspora africaine en Amérique et dans les Caraïbes.

L’Ifá, figure mystique assimilée à Orunmila, est vénéré par les Yorubas comme le dieu de la sagesse. Sa particularité est qu’il s’appuie sur un langage symbolique et des signes codés, plutôt que sur les dons oraculaires d’un médium. Le babalawo, « prêtre d’Ifá », en est l’interprète attitré, convoqué lors des choix majeurs de la communauté.

Une consultation de Fâ au Bénin

Le savoir sacré de l’Ifá s’organise autour d’un ensemble de 256 signes ou corpus distincts, appelés odu. Chacun d’eux rassemble un grand nombre de versets poétiques nommés ese. Leur quantité exacte demeure indéterminée, car ce répertoire continue de s’enrichir au fil du temps ; on estime toutefois qu’un odu contient en moyenne près de 800 ese.

Chaque odu possède une configuration divinatoire singulière. Celle-ci est révélée par le babalawo qui utilise des instruments rituels tels que les noix ou palmes sacrées ainsi qu’une chaîne de divination pour établir le signe correspondant.

Aux origines du Carnaval de Rio, l’« entrudo »

Les origines du carnaval au Brésil remontent au XVIᵉ siècle, lorsque les colons portugais introduisent l’« entrudo », une fête populaire marquée par des jeux d’eau et des réjouissances de rue. Ce terme vient du latin introitum « entrée », car il marquait l’entrée en carême.

Le Carnaval de Rio précède donc le Mercredi des Cendres car il est directement lié au calendrier chrétien et placé juste avant le carême, comme une période de fête et de liberté, où l’on se permet excès et réjouissances avant l’entrée dans le temps de privation.

Au fil des siècles, cette tradition européenne se transforme au contact des cultures africaines et locales, jusqu’à donner naissance à une célébration profondément métissée.

À Rio de Janeiro, la physionomie actuelle du carnaval prend véritablement forme au début du XXᵉ siècle. Entre les années 1920 et 1930, les premières écoles de samba s’organisent et structurent les défilés. En 1932, une parade officielle est organisée pour la première fois, marquant l’acte de naissance du carnaval moderne.

Héritier d’influences croisées, le Carnaval de Rio puise dans un creuset afro-européen. Mais ce sont les apports africains — la samba, les percussions, la danse et le sens du rythme — qui lui confèrent son énergie et son identité singulière.

 

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