Le Burkina Faso figure parmi les principaux marchés pour les vins et spiritueux importés dans l’UEMOA. Dans le cadre de sa politique de souveraineté alimentaire, Ouagadougou souhaite développer la transformation locale afin de réduire les importations.
Un décret portant création de la Société viticole du Burkina Faso (SOVIB) a été adopté le jeudi 22 octobre en Conseil des ministres. Le projet prévoit la mise en place d’une entreprise à capitaux publics et privés, destinée à transformer les raisins produits localement. La société, d’économie mixte, disposera d’un capital initial de 1 milliard FCFA (environ 1,7 millions USD) réparti entre l’État (45 %), BRAFASO (10 %) et le secteur privé national (45 %).
Un investissement industriel de près de 17 millions USD à concrétiser
Selon les autorités, la nouvelle entreprise sera chargée de transformer les raisins produits dans le pays, grâce à une unité industrielle qui sera construite à Bobo-Dioulasso, pour un coût estimé à 9,8 milliards FCFA (environ 16,75 millions USD). Pour l’heure, les détails sur la capacité de transformation de l’usine, son calendrier de mise en service ou encore son modèle de financement n’ont pas été précisés.
Selon le communiqué du Conseil des ministres, le projet vise à développer la production locale de vin, dans un pays dont l’approvisionnement repose largement sur les importations. Les données compilées sur la plateforme Trade Map montrent en effet que le Burkina Faso a importé en moyenne 13 780 tonnes de vins et de moûts de raisin par an entre 2021 et 2025, pour une facture annuelle moyenne de 4,32 millions USD. Les achats ont atteint un pic de 16 000 tonnes, pour une valeur de 6,1 millions USD, en 2022.
En 2025, la France était le principal fournisseur du marché burkinabè en valeur, avec 1,8 million USD de vins expédiés, suivie du Togo (1,3 million USD) et de l’Espagne (578 000 USD) qui complètent le Top 3 des fournisseurs.
Une base de production qui se met en place
La viabilité d’une industrie viticole burkinabè dépendra autant des capacités de transformation que de la disponibilité de la matière première. Pour faire fonctionner durablement son usine, la SOVIB devra pouvoir s’approvisionner en raisins en quantité suffisante et à intervalles réguliers. Le développement de cette production agricole constitue un préalable à la structuration de la filière.
Au Burkina Faso, la culture de la vigne fait actuellement l’objet d’expérimentations destinées à évaluer son adaptation aux conditions agroclimatiques locales. L’une d’elles est menée à Bèga, dans la commune de Bagré, où une exploitation de 4 hectares compte 17 496 pieds de vigne répartis entre 12 variétés. Lors d’une visite effectuée le 2 mars 2026, le ministre d’État chargé de l’Agriculture, Ismaël Sombié, a pu constater l’évolution de cette plantation, mise en place environ deux ans auparavant avec l’appui d’un viticulteur burkinabè. Une extension à 10 hectares est envisagée.
Outre le site de Bagré, une autre expérimentation viticole est menée sur 0,5 hectare à l’École nationale de formation agricole de Matourkou, près de Bobo-Dioulasso. L’existence de cette parcelle a été rendue publique le 2 mars par le directeur général des productions végétales, Prosper Zemba, sans que sa date de mise en place soit précisée. Ces initiatives doivent contribuer à déterminer les conditions dans lesquelles la vigne peut être cultivée au Burkina Faso, et à préparer le développement d’une production nationale de raisin.
Ces superficies restent modestes et ne permettent pas, à elles seules, d’établir qu’une production suffisante existera pour approvisionner une unité industrielle. Les informations publiées ne précisent ni les volumes de raisins déjà récoltés, ni les rendements obtenus, ni les quantités susceptibles d’être commercialisées. Le passage des expérimentations à une filière commerciale constituera une étape déterminante pour assurer la régularité de la production et la compétitivité du vin fabriqué localement.






























