La dépendance à un nombre limité de corridors expose les plateformes portuaires aux évolutions géopolitiques de leur environnement régional. Le cas de Cotonou illustre comment la diversification des débouchés est un enjeu aussi important que l’augmentation de ses capacités de manutention.
En dépit de la brouille diplomatique qui perturbe les flux commerciaux entre le Bénin et le Niger, le trafic transit au port de Cotonou se recompose, porté entre autres par l’intensification des flux vers le Burkina Faso. Depuis 2025, l’ex-Haute-Volta est en effet devenue l’un des principaux débouchés de ce segment. Près de 1 million de tonnes de marchandises, constituées en grande partie d’hydrocarbures, ont ainsi transité par la plateforme béninoise à destination de ce pays.
L’information a été communiquée par Kévin Potier, directeur commercial du Port autonome de Cotonou (PAC), lors du Média Connect 2026. « L’année dernière, 39,2 % du trafic était en transit, dont 16 % à destination du Burkina Faso », a précisé la direction commerciale du port.
Dans cette nouvelle configuration, le Nigeria occupe le 2e rang des marchés desservis par Cotonou. Le géant ouest-africain, dont les ports sont confrontés à un défi persistant de congestion, bénéficie notamment de la proximité géographique de la plateforme béninoise, qui cherche quant à elle à renforcer son positionnement sur les flux régionaux, dans un contexte de concurrence portuaire dans golfe de Guinée.
Le Tchad constitue une autre piste de diversification. Cotonou dessert déjà ce marché, encore sur des volumes faibles, et entend se positionner davantage comme porte d’entrée pour les marchandises destinées à ce pays enclavé. N’Djamena multiplie depuis plusieurs années les démarches auprès des ports des pays côtiers afin de diversifier ses voies d’approvisionnement, alors que des contraintes persistent sur le corridor la reliant à Douala au Cameroun. En juillet 2025, une délégation du Conseil des chargeurs du Tchad avait notamment effectué une visite de travail au port de Cotonou.
Le Niger conserve une place dans l’équation
Malgré cette recomposition, le Niger reste présent dans les échanges liés au port de Cotonou. La nature des flux s’est toutefois en partie inversée, Niamey utilisant désormais la plateforme de Sèmè-Podji, située à une vingtaine de kilomètres de Cotonou, pour exporter ses hydrocarbures.
Près de 4,3 millions de tonnes de pétrole ont été traitées sur cette plateforme l’année dernière, l’essentiel de ce volume provenant du Niger. La transformation de la structure du trafic concerne par ailleurs les exportations béninoises. La plateforme industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) s’impose progressivement comme l’un des moteurs de cette activité, en favorisant le développement de nouvelles marchandises destinées aux marchés extérieurs.
Un trafic en forte progression
Cette diversification s’observe alors que le port de Cotonou affiche une nette progression de son activité. Après avoir reculé à 9,6 millions de tonnes en 2024, le trafic global est remonté à 14,7 millions de tonnes en 2025, dont 9 millions de tonnes à l’importation et 5,7 millions à l’exportation. Le trafic conteneurisé a, pour sa part, dépassé les 500 000 EVP.
Au premier semestre 2026, les marchandises manutentionnées sur la plateforme ont représenté 7,7 millions de tonnes. Les volumes à l’exportation ont atteint 2,87 millions de tonnes, contre 2,16 millions un an plus tôt. La direction du port indique par ailleurs que le trafic cumulé sur les 8 premiers mois de l’année a déjà franchi le seuil des 10 millions de tonnes. Sur la base d’une progression moyenne comprise entre 10 et 15 % par rapport aux 8 premiers mois de 2025, le trafic annuel pourrait ainsi atteindre entre 16 et 16,5 millions t.
Cette dynamique est impulsée par un programme d’investissement engagé depuis 2021. Structuré autour de 12 projets majeurs pour un montant estimé à près de 500 milliards FCFA (environ 859 millions USD), il devrait permettre au port de renforcer ses capacités au cours des prochaines années. A terme, la plateforme vise un trafic de 25 millions de tonnes et plus de 1 million EVP.
Toutefois, le maintien cette croissance dépendra aussi de sa capacité à inscrire ces nouveaux flux dans la durée. La diversification vers le Burkina Faso, le Nigeria ou encore le Tchad ne garantit pas automatiquement la compensation des volumes historiquement liés au Niger. La compétitivité des corridors terrestres, les coûts logistiques et la fluidité des procédures douanières devront rester suffisamment favorables pour fidéliser ces trafics. A cela s’ajoute la concurrence des ports de la sous-région, qui cherchent eux aussi à capter les mêmes marchés enclavés.






























