L’espace occupe une place croissante dans les stratégies technologiques africaines. Les données satellitaires offrent de nouvelles possibilités pour les économies du continent dans plusieurs secteurs.
Le Ghana prépare la création d’une agence spatiale nationale chargée de coordonner les activités liées à l’espace et de renforcer l’utilisation des technologies et données satellitaires dans l’économie. Le gouvernement entend ainsi structurer un secteur aujourd’hui réparti entre plusieurs institutions et développer progressivement ses propres capacités spatiales.
La ministre de l’Environnement, des Sciences et de la Technologie, Zanetor Agyeman-Rawlings (photo), a annoncé le vendredi 2 octobre que le processus d’élaboration de la législation nécessaire à la création de l’agence était en cours, après son approbation par le Cabinet, selon la Ghana News Agency (GNA). L’agence doit être issue de la transformation du Ghana Space Science and Technology Institute (GSSTI).
Du partage des données au développement de capacités spatiales
La future agence aura pour principal rôle de coordonner les activités spatiales des différentes administrations, de faciliter la recherche et l’innovation et de développer les infrastructures et partenariats avec le secteur privé et les acteurs internationaux.
Cette centralisation doit répondre à la fragmentation actuelle des usages. Selon Joseph Bremang Tandoh, directeur du GSSTI, plusieurs ministères utilisent des données satellitaires de manière indépendante, ce qui complique la coordination et l’utilisation des ressources. La future agence pourrait ainsi centraliser l’acquisition et le traitement des images satellitaires avant de les mettre à disposition des administrations. Ces données servent par exemple à la surveillance des frontières, à l’agriculture, à la prévision des inondations et au suivi de l’environnement.
Le Ghana veut toutefois progressivement développer ses propres capacités. Le pays ne dispose actuellement d’aucun satellite dans l’espace et dépend de prestataires tiers pour certaines images satellitaires. Le GSSTI fait par ailleurs état de difficultés d’accès aux images à haute résolution et de capacités de traitement insuffisantes.
L’agence doit aussi favoriser le développement d’applications spatiales dans l’agriculture, les télécommunications, les mines ou encore la gestion des catastrophes, tout en renforçant les compétences dans l’ingénierie satellitaire, la télédétection et les sciences géospatiales.
À court terme, le gouvernement prévoit de finaliser le cadre légal, d’identifier les besoins en infrastructures et de renforcer les partenariats internationaux. À plus long terme, Accra veut positionner le Ghana comme un pôle régional dans l’observation de la Terre et les applications spatiales.
Des données spatiales à fort potentiel économique
Les ambitions du Ghana s’inscrivent dans un secteur dont les retombées économiques potentielles sont importantes. Une étude du Forum économique mondial réalisée en 2021 en partenariat avec Digital Earth Africa, puis présentée par l’Union africaine aux Nations unies en 2023, estime que l’utilisation accrue des données d’observation de la Terre pourrait représenter jusqu’à 2 milliards de dollars de valeur par an en Afrique.
Selon le rapport « Unlocking the potential of Earth Observation to address Africa’s critical challenges », l’agriculture pourrait à elle seule bénéficier de près de 900 millions de dollars par an, grâce notamment à une meilleure gestion de l’eau et à des gains de productivité. L’exploitation de ces données pourrait aussi contribuer à réduire d’au moins 900 millions de dollars les pertes liées à l’exploitation minière illégale, en améliorant la surveillance des territoires et des ressources.
À l’échelle mondiale, le marché est lui aussi en expansion. Dans son Panorama de l’économie spatiale 2026, publié en 2026, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime les recettes mondiales liées aux activités spatiales à 550 à 600 milliards de dollars en 2025. L’institution souligne que la plus grande partie de la valeur économique se situe en aval, dans les données, signaux et services satellitaires intégrés aux activités économiques courantes.
L’écosystème africain se structure parallèlement. Selon Space in Africa, dans son « African NewSpace Industry Report 2025 », publié en décembre 2025, les 321 entreprises commerciales actives recensées sur le continent dans 36 pays ont généré 373,35 millions de dollars de revenus en 2024. Le rapport projette le secteur à 580 millions de dollars en 2030, soit une croissance annuelle moyenne de 7,7 % à partir de la base de 2024. L’observation de la Terre, les communications satellitaires et la fabrication de composants figurent parmi les principaux contributeurs aux revenus du secteur.






























