Le gouvernement béninois multiplie les initiatives pour attirer des capitaux vers l’industrie, l’agriculture et les infrastructures. Cette dynamique interroge en retour la capacité du marché national du travail à fournir les profils que réclament ces nouvelles activités.
Le Bénin parvient à mobiliser des capitaux pour accélérer sa transformation productive, mais l’expérience des investissements déjà agréés montre que le financement n’est qu’une première condition. Transformer ces ressources en activité et en emplois suppose aussi de disposer des profils capables de répondre aux besoins des entreprises.
C’est justement l’une des lignes de force qui se dégage du Benin Deal Room 2026, ouvert le mercredi 16 septembre à Cotonou. Pendant trois jours, investisseurs, institutions financières de développement, entreprises et représentants publics ont échangé autour d’une vingtaine de projets soutenus par le gouvernement, pour un besoin de financement estimé entre 2 et 3 milliards USD. Les secteurs concernés vont de l’agro-industrie à l’industrie manufacturière, en passant par les infrastructures, la logistique et l’énergie.
De l’agrément à l’emploi, un chaînon encore fragile
Les investissements déjà agréés au Bénin donnent la mesure de ce défi. En 2025, 20 projets ont obtenu un agrément pour 248 milliards de FCFA d’investissements prévisionnels, environ 434,7 millions USD, et 1 493 emplois attendus. La même année, neuf projets sont entrés en exploitation, mais pour seulement 20,7 milliards de FCFA effectivement engagés et 495 emplois créés, selon les chiffres de l’Agence de promotion des investissements et des exportations (APIEx).
Depuis 2021, 32 projets agréés ont franchi cette étape, pour 113,2 milliards de FCFA réalisés et 2 485 postes pourvus. Cet écart entre emplois annoncés et emplois réellement créés confirme qu’un investissement ne se transforme pas automatiquement en recrutements.
La GDIZ, où la main-d’œuvre qualifiée conditionne déjà la production
La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) illustre concrètement ce chaînon manquant. En 2025, l’APIEx y recensait dix projets agréés, représentant 76 milliards de FCFA et 4 131 emplois attendus. Pour que ces emplois se concrétisent, deux centres de formation doivent d’abord qualifier 4 000 personnes en 16 mois aux métiers du textile, selon les données officielles de la GDIZ. À l’issue de leur formation, les apprenants seront recrutés selon leur niveau de compétence.
Ce lien entre formation et recrutement devient ainsi plus direct à mesure que de nouvelles activités s’installent. Former ne suffit plus à rendre les jeunes simplement employables, il s’agit désormais de les préparer à des postes précis. En l’absence des profils locaux, les entreprises peuvent être amenées à importer des compétences étrangères.
Le gouvernement tente d’anticiper cette situation en renforçant la formation. En juin 2025, la Banque mondiale a ainsi approuvé 41,3 millions USD supplémentaires pour former environ 60 500 jeunes béninois et les préparer à saisir les opportunités d’emploi.
Les projets du Benin Deal Room 2026 se situent en amont de cette même chaîne, mais sans que l’étape de la formation n’y soit encore visible. Le portefeuille présenté aux investisseurs ne détaille pas, projet par projet, le nombre de postes envisagés ni les qualifications recherchées. Les besoins en compétences associés à ces investissements restent donc encore à préciser.
L’expérience de la GDIZ suggère toutefois que cette interrogation pourrait devenir incontournable dès que ces investissements passent à la phase d’exploitation. Le développement des nouvelles activités ne dépendra pas seulement des financements obtenus, mais aussi de la capacité des entreprises à trouver, le moment venu, les profils nécessaires à leur fonctionnement.





























