Cuivre africain : les terrils de déchets miniers, nouvel eldorado des investisseurs

Grâce notamment aux ressources de la Copperbelt, l’Afrique constitue l’un des principaux pôles mondiaux de production de cuivre. Si les grandes mines portent encore l’essentiel des volumes, les innovations technologiques orientent aussi l’intérêt vers d’autres sources encore peu médiatisées.

La société américaine Copper Intelligence a annoncé mardi 29 septembre la finalisation d’un accord avec CoTec Holdings Corp en vue de créer une coentreprise spécialisée dans le traitement de résidus miniers de cuivre en République démocratique du Congo. L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large observé sur le continent, où les déchets issus d’anciens sites d’exploitation apparaissent progressivement comme des sources potentielles de production du métal, aux côtés des grandes mines existantes.

De la RDC à la Zambie, un mouvement déjà à l’œuvre

La République démocratique du Congo offre déjà un exemple industriel de cette approche avec Metalkol, dans la province du Lualaba. L’exploitation traite des résidus historiques de cuivre et de cobalt provenant notamment de la vallée de la Musonoi, avant leur passage dans une usine hydrométallurgique. Le site dispose d’une capacité nominale d’environ 100 000 tonnes de cuivre cathodique et 23 000 tonnes de cobalt par an. En février dernier, il est devenu la première opération de retraitement de résidus miniers à obtenir la certification Copper Mark, un référentiel de production responsable.

D’autres initiatives se développent en Zambie, deuxième producteur africain de cuivre derrière la RDC. Copper Trees Minerals, une coentreprise entre ZCCM-IH et Horizon Mining, travaille sur le retraitement de terrils (amas de résidus miniers) de cuivre et de cobalt à Kitwe. L’entreprise prévoit une installation évaluée à environ 300 millions de dollars, destinée notamment à produire du cuivre cathodique et de l’hydroxyde de cobalt.

Le retraitement s’invite aussi dans les plans d’expansion de grandes opérations existantes. À Konkola, un contrat de 498 millions de dollars a été signé en septembre pour construire une usine de lixiviation capable de récupérer environ 70 000 tonnes de cuivre par an à partir de résidus miniers. Le projet doit contribuer au programme d’investissement visant à porter progressivement la production de la mine autour de 300 000 tonnes par an.

Le mouvement dépasse par ailleurs la seule Copperbelt. En Afrique du Sud, des initiatives portent sur le retraitement de stocks historiques de cuivre comprenant notamment des terrils, des scories et d’autres matériaux issus d’anciennes opérations. Au Botswana, le site de Selebi-Phikwe fait également l’objet de travaux visant à récupérer du cuivre et du nickel à partir de matériaux déjà extraits et stockés après la fermeture de la mine. Au Maroc, des travaux de recherche consacrés aux résidus cuprifères de Bleïda, dans l’Anti-Atlas, ont également cherché à mesurer le potentiel de récupération du métal.

Produire du cuivre à faible coût

Globalement, ces cas poursuivent un même objectif : dégager de nouvelles sources de cuivre à des fins commerciales. L’intérêt économique des résidus tient surtout au fait qu’une partie du métal qu’ils contiennent a déjà été extraite et que les matériaux sont disponibles en surface. Dans certains cas, ils ont déjà été broyés lors du traitement initial, ce qui peut limiter certaines étapes coûteuses d’un nouveau projet minier. Les innovations technologiques complètent cette équation en permettant de récupérer une partie du cuivre qui n’avait pas pu l’être lors de la première exploitation, transformant ainsi des stocks autrefois jugés peu valorisables en ressources exploitables.

Copper Intelligence souligne d’ailleurs que les résidus ciblés par sa coentreprise avec CoTec ont déjà fait l’objet d’un premier traitement. CoTec estime pour sa part que ses technologies peuvent « accroître encore le potentiel économique » de ces anciens stocks. Cette logique trouve un autre prolongement en Zambie, où le retraitement des résidus s’inscrit dans le développement de Konkola Copper Mines. Au-delà du métal récupéré, le retraitement peut aussi offrir un intérêt environnemental en réduisant les volumes de matériaux accumulés autour d’anciens sites miniers.

« Premièrement, il [le traitement des résidus miniers, Ndlr] réduit les coûts d’exploitation, ce qui diminue la consommation d’énergie et les coûts associés en éliminant ou en réduisant considérablement les besoins en broyage. Deuxièmement, il diminue l’intensité des émissions grâce au métal produit à partir des résidus retraités, dont l’empreinte carbone est nettement inférieure à celle du traitement primaire conventionnel. Pour les sociétés minières soumises à la pression de la décarbonation […], la production à partir de résidus miniers offre une proposition de valeur différenciée », expliquait en août dernier S&P Global, précisant que le cuivre représente 55 % des métaux contenus dans les résidus miniers répertoriés au monde.

L’équation reste toutefois loin d’être automatique et comprend aussi des défis. S&P Global souligne notamment l’hétérogénéité des résidus, qui complique la conception des procédés et leur modélisation économique. Leur composition peut varier fortement d’un site à l’autre et certains stocks peuvent contenir des éléments nocifs ou réactifs. À cela s’ajoutent les contraintes juridiques et réglementaires, particulièrement importantes pour des matériaux issus de sites anciens ou abandonnés.

Si Metalkol dispose déjà d’un modèle industriel opérationnel en RDC, les initiatives de Copper Intelligence et de Konkola se trouvent encore à des étapes différentes de leur développement. La nouvelle coentreprise congolaise doit notamment poursuivre l’évaluation des opportunités disponibles dans le pays et rechercher des financements, notamment auprès de l’agence fédérale américaine DFC, avant de pouvoir concrétiser ses projets.

 

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