Souveraineté minière : comment le Niger maximise ses gains sur l’uranium de Madaouela

La production nigérienne d’uranium est passée de 4 116 tonnes en 2015 à 962 tonnes en 2024. Le développement de nouvelles mines représente un enjeu de production et de recettes pour Niamey, qui cherche à mieux valoriser ses ressources.

Le Niger pourrait disposer à Madaouela d’une mine d’uranium plus productive que celle envisagée avant le retrait du permis en 2024. Son partenaire australien Atomic Eagle a annoncé mercredi 30 septembre une révision destinée à évaluer un développement de plus grande ampleur. Pour l’État, désormais actionnaire à 40 % du projet, cette perspective pourrait accroître les retombées du compromis conclu en août pour relancer le développement de ce projet.

L’étude de faisabilité réalisée en 2022 prévoyait une production annuelle moyenne de 2,67 millions de livres d’oxyde d’uranium sur dix-neuf ans. Le programme engagé examinera notamment une usine capable de traiter davantage de minerai, de nouvelles méthodes d’extraction et l’exploitation simultanée de gisements à ciel ouvert et souterrains. L’objectif est aussi d’intégrer des minéralisations exclues de l’ancien plan d’exploitation.

L’évolution du marché justifie ce réexamen. La sélection du minerai économiquement exploitable reposait alors sur un prix de 55 dollars la livre. Atomic Eagle cite désormais un indicateur des prix des contrats d’approvisionnement à 96,50 dollars fin août 2026. Cela peut rendre rentable l’extraction de volumes auparavant écartés, sous réserve des coûts actualisés. Pour Niamey, une production accrue ferait revenir le pays parmi les principaux fournisseurs mondiaux du combustible, après le déclin de la production ces dernières années. Le pays a perdu en effet sa place de premier producteur africain d’uranium en 2016 et les volumes extraits sont tombés à 962 tonnes en 2024, contre plus de 4000 tonnes en 2015, d’après World Nuclear Association.

Cette évolution reste néanmoins conditionnée à plusieurs éléments. Aucun nouvel objectif de production n’est annoncé, et Atomic Eagle précise que les hypothèses révisées ne garantissent pas une augmentation des volumes exploitables. Une estimation des ressources selon les normes australiennes JORC est attendue au quatrième trimestre 2026, avant une étude préliminaire au premier trimestre 2027. Ces travaux devront préciser les volumes, les coûts et les besoins en énergie et en logistique, alors que l’accès naturel du Niger aux marchés internationaux via le port de Cotonou est bloqué en raison de la fermeture de la frontière commune Benin-Niger.

Pour le Niger, le financement sera aussi déterminant. Sur sa participation de 40 %, seuls 15 % sont gratuits, tandis que 25 % nécessitent sa contribution aux levées de fonds. Atomic Eagle lui accorde un crédit de 40 millions USD pour couvrir les premières contributions attendues. La capacité de Niamey à financer sa part au-delà de ce crédit et la concrétisation des engagements de contenu local, en matière d’emplois et de sous-traitants locaux, permettront d’évaluer les résultats de cette relance pour le secteur nigérien de l’uranium et l’économie toute entière.

 

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