Monnaie électronique dans l’UMOA : la BCEAO assouplit la gestion des fonds de couverture

La Banque centrale réduit de 75 % à 65 % la part minimale des fonds conservée en dépôts à vue par les émetteurs de monnaie électronique. Sur la base des encours de 2025, cette réforme ouvre une marge théorique de placement de 192 milliards FCFA (327,3 millions $).

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) donne plus de latitude aux émetteurs de monnaie électronique pour gérer les fonds de leurs clients. Une instruction du 8 octobre 2026 abaisse de 75 % à 65 % la part minimale de ces ressources devant rester en dépôts à vue auprès de banques ou d’institutions de microfinance. La mesure entrera en vigueur le 2 novembre dans les huit pays de l’Union monétaire ouest-africaine.

L’enjeu porte sur des montants considérables. Selon la Commission bancaire de l’UMOA, la région comptait 18 établissements de monnaie électronique agréés fin 2025, tandis que l’encours déclaré du secteur atteignait 1923,2 milliards FCFA (3,27 milliards $), en hausse de 35,2 % sur un an. Sur cette base, les dix points de pourcentage libérés représentent une marge supplémentaire théorique de placement de 192,3 milliards FCFA. Cette estimation porte sur l’encours des établissements agréés, et non sur l’ensemble des services de monnaie électronique de l’Union.

Concrètement, pour 100 milliards FCFA détenus par les utilisateurs, l’opérateur devait jusque-là maintenir au moins 75 milliards en dépôts à vue. Il pourra désormais n’y laisser que 65 milliards et affecter jusqu’à 35 milliards, contre 25 auparavant, à d’autres actifs autorisés.

Ces ressources pourront notamment être placées dans des dépôts à terme ou certains titres de dette, susceptibles de rapporter davantage. Mais l’argent n’est pas libéré pour financer les dépenses des opérateurs : la monnaie électronique en circulation doit toujours être intégralement couverte. La BCEAO peut en outre imposer des exigences plus strictes en fonction des risques.

Les banques aussi concernées

Pour les banques, déjà dépositaires d’une partie des fonds du mobile money, l’évolution présente deux issues possibles. Elles pourraient attirer davantage de dépôts à terme, plus prévisibles que les dépôts à vue, mais aussi perdre une partie de ces ressources si les opérateurs privilégient l’achat de titres de dette. Les 192,3 milliards FCFA ne sont donc ni des fonds nouveaux injectés dans l’économie ni des recettes acquises aux opérateurs : ils mesurent une capacité supplémentaire de réallocation.

Des plafonds doublés pour les clients

La même instruction relève le solde maximal de monnaie électronique de 2 à 4 millions FCFA par client identifié et par établissement. Le cumul mensuel des rechargements passe, lui, de 10 à 15 millions FCFA. Ces limites ne correspondent pas aux montants maximaux d’un transfert individuel.

PI-SPI pourrait amplifier le mouvement

Ce changement intervient alors que la BCEAO déploie PI-SPI, son infrastructure de paiements instantanés interopérables. Un an après son lancement, la plateforme comptait 175 participants connectés et était accessible à plus de 38 millions de personnes.

À compter du 2 novembre, les transferts nationaux interopérables de monnaie électronique seront gratuits jusqu’à 8000 FCFA cumulés par jour, par utilisateur et par participant ; au-delà, les frais pourront atteindre 0,8 % hors taxes. La réception restera gratuite.

 

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