La Banque centrale de Guinée a engagé une réforme de son infrastructure de paiement. L’institution a lancé les travaux préparatoires d’un système de paiement national instantané et interopérable. Les objectifs sont de faciliter les transactions, de soutenir l’activité économique et de renforcer l’inclusion financière.
Le premier vice-gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), El Hadj Mohamed Lamine Conte, a lancé le 18 décembre 2025 un atelier de deux jours portant sur un projet national de système de paiement instantané (SPI) et interopérable. Ce projet répond à plusieurs besoins concrets. Il vise la mise en place d’une infrastructure nationale permettant d’effectuer des transferts d’argent immédiats entre comptes bancaires, portefeuilles mobiles et autres instruments de paiement. Il vise aussi à faciliter les paiements marchands dans le secteur formel et informel, à réduire l’usage du cash, source de risques, de coûts et d’inefficacités, et à renforcer l’inclusion financière, particulièrement en zones rurales.
Pour l’État, la mise en place d’un SPI permettra d’accélérer les paiements gouvernementaux, comme les salaires, les aides sociales et les règlements de fournisseurs. Il contribuera également à réduire les coûts administratifs liés aux paiements manuels et au traitement du cash. Pour les entreprises, ce système contribuera à améliorer la gestion de trésorerie grâce à des encaissements immédiats.
Un choix technologique et une ambition régionale
Après concertation avec les parties prenantes, la Guinée a opté pour une infrastructure publique numérique basée sur la technologie Mojaloop. Cette solution permet une interopérabilité complète entre les différents prestataires de services de paiement. Ce choix répond à plusieurs objectifs. Il permet à l’État de garder la maîtrise de l’infrastructure, de limiter la dépendance technologique et de favoriser la concurrence entre acteurs. Il crée aussi un cadre favorable à l’innovation, en particulier pour les fintechs locales. Le système est conçu pour être évolutif et compatible avec les initiatives régionales.
La Guinée souhaite préparer une intégration future avec des plateformes comme le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) et les projets de la CEDEAO. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays africains. Le Ghana, le Nigeria et le Rwanda ont déjà mis en place des systèmes de paiement instantané. Ces expériences montrent une progression des paiements numériques, une baisse de l’usage du cash et une amélioration de la transparence des transactions.
Conakry s’inspire aussi des avancées récentes de l’UEMOA. En fin septembre 2025, la BCEAO a lancé la plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI‑SPI), accessible en continu dans les huit pays de l’Union. Conçu pour permettre des transactions rapides et sécurisées entre les différents prestataires de services de paiement, cette plateforme vise à améliorer la sécurité et l’inclusivité des paiements au sein de l’Union, avec pour objectif de renforcer l’inclusion financière et l’intégration économique.
Entre 2014 et 2024, les paiements électroniques dans l’UEMOA sont passés de 260 millions à plus de 11 milliards, tandis que le taux d’inclusion financière a atteint 74 % contre moins de 15 % deux décennies plus tôt. Selon le rapport 2024 sur l’état des systèmes de paiement instantané inclusifs (SIIPS) d’AfricaNenda Foundation, 31 systèmes de paiement instantané (SPI) sont déjà opérationnels en Afrique, dont trois permettent des paiements transfrontaliers en temps réel. La Guinée entend rejoindre ce mouvement et positionner son système financier dans cette évolution continentale.





























