Qui pille l’or africain ? Derrière le mirage des chiffres de production

De l’Afrique du Sud au Ghana, en passant par le Burkina Faso et la Tanzanie, l’industrie aurifère africaine occupe une place importante dans les dynamiques mondiales du métal jaune. Ce positionnement prend un relief particulier alors que le continent cherche à mieux valoriser ses ressources.

Fin septembre 2026, le Burkina Faso a inauguré Raffinor-BF, sa toute première raffinerie d’or, au terme de près de trois ans de développement. Cette réalisation s’inscrit dans une volonté de plus en plus partagée par les producteurs africains d’investir dans des unités de raffinage locales pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Un enjeu de taille pour un continent qui fournit plus du quart de la production mondiale du métal précieux, mais ne pèse que marginalement sur les principaux débouchés de ce marché.

D’après le World Gold Council, la demande mondiale d’or se répartit entre l’investissement (43 %), la joaillerie (29 %), les achats des banques centrales (21 %) et les applications technologiques (6 %). Ces segments répondent à des logiques différentes et s’appuient sur des marchés aux profils géographiques distincts.

L’or en tant qu’actif d’investissement

L’or est depuis longtemps considéré comme une réserve de valeur, que l’on acquiert pour préserver son patrimoine ou espérer le revendre à un prix avantageux. Ce marché mobilise des investisseurs particuliers et institutionnels, ainsi que des banques centrales, qui détiennent le métal sous forme de lingots, de pièces ou de produits financiers comme les fonds négociés en Bourse (ETF). Si l’Afrique participe à cette dynamique, les principaux centres d’investissement restent concentrés dans les grandes économies.

En 2025, la demande mondiale d’investissement a atteint 2 175,3 tonnes, selon le World Gold Council. Elle a été portée par les achats de lingots et de pièces, ainsi que par les placements dans les fonds adossés à l’or. La Chine, l’Inde, l’Amérique du Nord et l’Europe figurent parmi les principaux pôles d’activité sur ce marché. Les pays africains contribuent encore principalement par l’intermédiaire des achats de leurs banques centrales. L’institution cite le Ghana, l’Égypte et le Zimbabwe parmi la vingtaine de pays dont les banques centrales ont accru leurs réserves d’or d’environ une tonne ou plus au cours de l’année.

Ces trois pays comptent parmi les producteurs d’or du continent, le Ghana occupant la première place régionale. À l’échelle mondiale, les réserves officielles restent toutefois dominées par les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la France et la Chine. Dans son classement publié en mai 2026, le World Gold Council place l’Algérie en tête des détenteurs africains, avec 173,6 tonnes, devant la Libye et l’Égypte. L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui regroupe notamment des pays producteurs d’or comme le Burkina Faso, le Mali et la Côte d’Ivoire, figure au 60e rang, tandis que le Ghana apparaît au 70e.

La joaillerie et l’industrie : des niches à suivre

La fabrication de bijoux et les usages industriels de l’or, notamment dans l’électronique et les équipements électriques, constituent des segments pour lesquels la demande du marché africain reste peu documentée. Le WGC illustre ce décalage dans la figure ci-après : alors que l’Afrique représente 28 % de la production mondiale d’or, le continent n’apparaît pas dans la répartition géographique de la demande. Celle-ci repose sur les estimations de la demande nette annuelle moyenne sur dix ans, jusqu’en 2025, et couvre la joaillerie, les lingots et les pièces, ainsi que l’électronique. Elle exclut toutefois les transactions de gré à gré et les achats des banques centrales.

Pris séparément, ces deux segments font ressortir des dynamiques similaires, marquées par la concentration de la demande dans quelques grands pôles mondiaux. Dans l’électronique, la demande annuelle d’or, estimée à 323 tonnes en 2025, est notamment portée par des centres manufacturiers comme la Chine, la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis. Sur le marché des bijoux en or, que Mordor Intelligence évaluait à 392 milliards de dollars en 2025, l’Asie-Pacifique demeure la première région mondiale, avec 46 % du marché. La Chine et l’Inde portent cette domination grâce à leurs marchés de consommation et à leurs importantes capacités de fabrication de bijoux.

Cette lecture rejoint celle du WGC, qui place également ces deux pays au cœur de son analyse du marché des bijoux en or en 2025. Le continent africain apparaît néanmoins parmi les régions dont le marché des bijoux en or est promis à une croissance soutenue. « En Afrique subsaharienne, le développement des enseignes de bijoux de marque, l’amélioration des infrastructures de vente au détail et le renforcement des capacités de production locale de bijoux contribuent à consolider les perspectives de croissance de la région », constate Mordor Intelligence.

Un avenir encore à construire

Ces constats donnent une idée de la place qu’occupe encore l’or africain dans les échanges mondiaux : il constitue davantage un produit d’exportation destiné aux marchés extérieurs. Ce modèle évolue toutefois depuis quelques années, notamment sous l’effet de politiques monétaires par lesquelles certains États cherchent à faire de l’or un actif stratégique de leurs réserves de banques centrales. Le Ghana, la Tanzanie, le Zimbabwe et la République démocratique du Congo poursuivent des initiatives en ce sens.

L’autre enjeu économique consiste à transformer davantage cette richesse en levier industriel à l’échelle du continent. La professionnalisation des artisans et des autres acteurs de la joaillerie constitue une piste pour développer les capacités locales de transformation et créer de nouvelles opportunités économiques dans ces métiers. Au Ghana, cette orientation se traduit notamment par les initiatives du GoldBod en faveur de la formalisation des fabricants locaux de bijoux et par le projet de création du « Ghana Gold Village ». Cette future structure est présentée comme un centre appelé à devenir une « plaque tournante des bijoux et ornements en or en Afrique ».

 

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