Aliko Dangote prolonge de deux semaines la souscription aux actions de sa raffinerie nigériane afin de finaliser les dispositifs permettant aux investisseurs d’autres pays africains de participer à l’opération boursière.
Le milliardaire nigérian Aliko Dangote (photo) a décidé de prolonger de deux semaines la vente d’actions de sa raffinerie de pétrole afin de permettre à davantage d’Africains d’investir dans son entreprise. Cette opération, présentée comme la plus importante introduction en Bourse (IPO) jamais réalisée sur le continent, se heurte en effet aux différences de réglementation entre les pays.
Initialement prévue pour s’achever le mardi 13 octobre, la période de souscription restera ouverte jusqu’au 27 octobre, a annoncé lundi Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals (DPRP). Cette prolongation a reçu l’accord du régulateur des marchés financiers nigérian.
« Cela nous aidera à étendre cette possibilité à davantage d’investisseurs à travers l’Afrique », a déclaré le directeur général de DPRP, David Bird.
Lancée le 14 septembre, l’opération doit permettre de lever environ 1,6 milliard de dollars, voire 2,1 milliards si des actions supplémentaires sont vendues. Au total, 4,1 milliards d’actions sont proposées au prix de 525 nairas chacune, soit environ 40 cents américains.
L’entreprise est ainsi valorisée à près de 50 milliards de dollars, un montant jugé élevé par certains analystes.
Selon le groupe, les investisseurs ont manifesté un fort intérêt pour cette opération. Aliko Dangote a même affirmé à des journalistes, lors d’une visite du site, que les demandes de souscription représentaient déjà trois à quatre fois le montant recherché. Ce chiffre n’a toutefois pas été détaillé dans les communications officielles de l’entreprise et n’a pas pu être vérifié indépendamment.
Prolonger une offre présentée comme sursouscrite peut surprendre. Mais le groupe indique chercher surtout à donner davantage de temps aux investisseurs d’autres pays africains, confrontés à des procédures plus complexes pour acheter ses actions.
David Bird, directeur général de DPRP
Des obstacles pour les investisseurs africains
Car si, au Nigeria, les particuliers peuvent souscrire auprès de dizaines de banques, de courtiers et de plateformes numériques, ailleurs sur le continent, les possibilités sont beaucoup plus limitées.
Au Kenya, les autorités financières ont autorisé le 5 octobre un dispositif permettant aux investisseurs d’acheter indirectement des actions de la raffinerie par l’intermédiaire de Renaissance Capital.
Concrètement, les investisseurs peuvent souscrire en shillings kényans à des certificats représentant les actions de la raffinerie. Ces titres, appelés certificats de dépôt, doivent ensuite pouvoir être échangés à la Bourse de Nairobi, une fois les actions attribuées et les dernières autorisations obtenues.
En Ouganda, l’autorisation accordée par le régulateur est plus restrictive. Seuls les investisseurs professionnels et les personnes disposant de moyens financiers importants peuvent participer à l’opération. Le grand public en est exclu.
Près de 20 % de l’offre, soit environ 300 millions de dollars, sont destinés aux investisseurs d’Afrique de l’Est.
Le mécanisme de certificats de dépôt est également en préparation au Botswana. Plusieurs Bourses d’Afrique australe travaillent à la création de certificats financiers qui seraient cotés à Gaborone, mais accessibles aux investisseurs des pays voisins. Les modalités de cette opération doivent encore être finalisées.
Ces différents dispositifs ont nécessité des négociations entre autorités boursières, banques et intermédiaires financiers. Leur mise en place a pris plusieurs semaines, réduisant le temps laissé aux investisseurs concernés pour participer à l’offre.
C’est notamment pour permettre de finaliser ces mécanismes que Dangote a décidé de prolonger les souscriptions. Le groupe souhaite également laisser davantage de temps aux investisseurs pour ouvrir leurs comptes et accomplir les vérifications réglementaires nécessaires.
Aliko Dangote estime que la demande est particulièrement importante en Afrique de l’Est et en Afrique australe. Il a assuré que les investisseurs du Kenya et du Botswana pourraient, à eux seuls, absorber la totalité des actions proposées.
Une opération présentée comme populaire
Le milliardaire souhaite attirer jusqu’à dix millions d’actionnaires, notamment des particuliers, dans un projet industriel qui a coûté environ 20 milliards de dollars et commencé à produire du carburant en 2024.
Au lancement de l’offre, il avait présenté cette IPO comme une « opération du peuple », avec la possibilité d’acheter dix actions pour seulement 5 250 nairas, soit environ quatre dollars.
Cette volonté d’ouverture suscite néanmoins des réserves. Le milliardaire doit conserver une très large majorité du capital de la raffinerie, tandis que certains investisseurs s’interrogent sur sa valorisation.
L’opération intervient alors que le groupe Dangote poursuit son expansion sur le continent.
Le 30 septembre, le milliardaire a participé au lancement d’un nouveau projet de raffinerie à Lamu, sur la côte kényane, en présence de plusieurs dirigeants africains.
Estimé à 16 milliards de dollars, ce complexe devrait pouvoir traiter 700 000 barils de pétrole par jour. Il vise notamment à approvisionner les pays d’Afrique de l’Est en carburant.
Le projet rencontre toutefois des oppositions locales. Des habitants contestent certaines questions foncières, tandis que des défenseurs de l’environnement s’inquiètent des conséquences de son implantation à proximité de Lamu, dont la vieille ville est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.
Avec ces investissements, Aliko Dangote entend renforcer la capacité de l’Afrique à transformer ses propres ressources et à financer ses grandes entreprises.
Selon le calendrier révisé de l’IPO, le régulateur nigérian doit valider la répartition des actions entre les investisseurs le 17 novembre. Le début des échanges en Bourse est attendu une quinzaine de jours ouvrés plus tard, soit autour du 8 décembre.
C’est à cette étape que l’ampleur réelle des souscriptions et la participation des investisseurs des différents pays africains pourront être établies.
Au-delà de Dangote, l’opération constitue ainsi un test pour les marchés financiers du continent et leur capacité à permettre aux Africains d’investir plus facilement dans les entreprises des pays voisins.






























