De Cotonou à Tema, en passant par Lomé et Lagos, l’acheminement des marchandises vers le Niger fait l’objet d’une concurrence croissante entre les ports du golfe de Guinée et les grands axes terrestres sahéliens. Sur cet échiquier, le Nigeria cherche à consolider sa place.
La Banque de la CEDEAO pour l’investissement et le développement (EBID) a récemment approuvé une enveloppe de 100 millions de dollars pour financer le matériel roulant et les équipements nécessaires à l’exploitation de la ligne ferroviaire Kano–Maradi, dont la mise en service est prévue d’ici la fin de 2026. Pour le Nigeria, cet axe constitue l’un des leviers destinés à renforcer les échanges avec son voisin nigérien.
Longue de près de 400 km, cette liaison à écartement standard doit relier Kano, dans le nord du Nigeria, à Maradi, dans le sud du Niger. Elle permettra de transporter quotidiennement environ 9 300 passagers et 3 000 tonnes de marchandises.
Au-delà de la connexion entre les deux villes, le projet doit créer une continuité ferroviaire entre deux espaces économiques historiquement liés par les échanges transfrontaliers et offrir au Nigeria une infrastructure supplémentaire pour développer ses échanges avec son voisin enclavé.
Une nouvelle porte vers le Niger
L’intérêt du projet tient notamment à la position du Niger dans les chaînes logistiques régionales. Dépourvu d’accès à la mer, le pays dépend de corridors traversant les États côtiers pour une partie de ses approvisionnements et de ses échanges internationaux. Des flux nigériens empruntent notamment les corridors desservant les ports de Cotonou, Lomé et Tema.
En reliant le nord du Nigeria au sud du Niger, Kano–Maradi pourrait offrir une alternative à ces itinéraires. Pour Abuja, l’enjeu est donc aussi de renforcer son rôle dans l’acheminement des marchandises à destination du marché nigérien.
Le rail au cœur de la stratégie de transport nigériane
Le projet s’inscrit dans un programme plus large de modernisation du réseau ferroviaire nigérian, engagé depuis plusieurs années pour réduire la dépendance du pays à l’égard du transport routier. Celui-ci concentre encore une grande partie des déplacements de marchandises et de passagers, tandis que le développement du rail doit favoriser un report modal et améliorer la circulation des flux à l’intérieur du pays.
La stratégie combine la construction de nouvelles lignes et la conversion progressive de certaines infrastructures existantes à l’écartement standard. Kano–Maradi apporte à cette politique une dimension transfrontalière en prolongeant le réseau nigérian jusqu’au Niger.
Le financement de l’EBID intervient par ailleurs après une première opération de 180 millions de dollars approuvée en avril 2025 en faveur de Mota-Engil Nigeria, le groupe portugais chargé du développement du projet.
Cette politique ferroviaire s’inscrit parallèlement dans un effort plus large de modernisation des infrastructures de transport et de logistique du Nigeria, notamment dans le secteur portuaire. Le pays investit dans l’extension et la modernisation de plateformes existantes, dont Apapa, Tin Can Island et Onne, tout en développant de nouvelles infrastructures portuaires et logistiques.
Une bataille qui se gagnera au-delà de la voie ferrée
La construction de Kano–Maradi ne suffira cependant pas à modifier la géographie des échanges du Niger. La compétitivité d’un corridor repose sur l’ensemble de la chaîne, de l’acheminement de la marchandise à son passage aux frontières, puis à sa manutention et à sa livraison finale.
Le nouvel axe devra notamment proposer des coûts et des délais suffisamment compétitifs face aux corridors déjà établis vers les ports de la sous-région. La disponibilité du matériel roulant, la régularité des rotations, la fluidité aux frontières et la qualité des services logistiques seront déterminantes pour attirer les chargeurs.
La sécurité constituera également un paramètre majeur. Le corridor s’inscrit dans un environnement régional où les risques sécuritaires peuvent peser sur la continuité des opérations et renchérir les coûts logistiques.






























