Après le blé, le marché du riz succombe à son tour à l’envolée des cours mondiaux

Les prix du riz ont commencé à augmenter, renversant le rôle stabilisateur que cette céréale avait joué lors des précédents chocs alimentaires. Avec une mousson déficitaire en Inde et un El Niño qui s’intensifie, le principal aliment de base de plus de trois milliards de personnes entre à son tour dans le cycle de la hausse.

Ces dernières années, le riz a longtemps constitué une exception sur les marchés agricoles mondiaux. Alors que le blé, le maïs, le soja ou les huiles végétales réagissaient vivement aux guerres, aux sécheresses et aux tensions logistiques, la graminée restait relativement protégée grâce aux récoltes asiatiques, aux stocks publics de l’Inde et de la Chine, ainsi qu’à une demande moins liée à l’alimentation animale.

En 2021, ce découplage avait contribué à empêcher que la flambée des matières premières agricoles ne se transforme plus rapidement en crise alimentaire généralisée.

Cinq ans plus tard, ce filet de protection s’effiloche. L’indice FAO des prix du riz a progressé de 1,4 % en septembre, après une hausse de 0,5 % en août, sous l’effet d’un renchérissement des variétés Indica, de disponibilités saisonnièrement plus limitées et d’inquiétudes croissantes sur les récoltes asiatiques.

Si ce mouvement reste modéré au regard des flambées enregistrées dans d’autres matières premières, il est le signe d’une nouvelle tendance : le riz participe aussi désormais à la remontée des cours mondiaux des produits de base.

Selon la FAO, l’indice général des prix alimentaires a atteint 136 points en septembre, en hausse de 1,5 % sur un mois et de 5,8 % sur un an. Les céréales et le sucre tirent le mouvement, dans un contexte où les perturbations du commerce par la mer Noire, les incertitudes autour du détroit d’Ormuz, la hausse des coûts du fret et les risques climatiques réduisent la marge de sécurité des importateurs.

L’Inde, un amortisseur sous pression

Dans cette nouvelle phase de tensions, l’Inde demeure le principal facteur de stabilisation, même si ce rôle devient plus fragile.

Le pays le plus peuplé du monde représente environ 40 % du commerce mondial du riz et demeure le premier producteur comme le premier exportateur. Sa capacité à livrer des volumes à bas prix avait contribué à calmer les marchés après la réouverture des exportations de riz blanc non-basmati en 2024.

Cette fonction de fournisseur de dernier ressort est désormais mise à l’épreuve. La production indienne de riz est attendue en baisse en 2026/2027 pour la première fois depuis dix ans et pourrait reculer de près de 10 millions de tonnes, soit environ 6,5 % par rapport au record de 154 millions de tonnes atteint lors de la campagne précédente. Ce serait la plus forte contraction depuis 2009/2010.

Cette situation est liée à une mousson moins abondante et surtout plus irrégulière en raison d’El Niño. Le phénomène climatique, qui se renforce et pourrait atteindre une intensité très élevée à la fin de 2026, a déjà provoqué, dans la 5e économie mondiale, des épisodes de sécheresse dans plusieurs régions.

Sur la période de juin à septembre, les précipitations indiennes ont été inférieures de 12,6 % à la normale, d’après les données officielles.

Avec ces perspectives dégradées en Inde, la FAO a abaissé ses prévisions pour la production mondiale de riz à 552,5 millions de tonnes en 2026/2027. L’organisation anticipe également une baisse de 2,2 % du commerce international de riz en 2026, avant une reprise de 1,7 % en 2027.

Les prix reflètent déjà cette inquiétude. Le riz indien étuvé à 5 % de brisures se négociait entre 378 et 384 dollars la tonne début octobre, son niveau le plus élevé depuis juillet 2025, contre 375 à 381 dollars la semaine précédente.

L’Inde conserve néanmoins un atout de taille que n’ont pas tous les autres exportateurs : ses réserves publiques. Les stocks de riz de l’État, y compris le paddy non décortiqué, atteignaient un niveau record de 59,6 millions de tonnes au 1er septembre, très au-dessus de l’objectif public de 10,3 millions de tonnes fixé pour le 1er octobre. Cela devrait permettre au gouvernement de maintenir les expéditions sans recourir, à ce stade, aux restrictions qui avaient profondément déstabilisé les marchés mondiaux en 2023.

Les pays africains déjà actifs pour sécuriser des cargaisons

Ces réserves ne mettent toutefois pas le marché à l’abri d’un nouvel accès de volatilité. Elles peuvent amortir une récolte plus faible, mais elles ne suppriment ni les effets de la hausse des prix intérieurs, ni les coûts de fret, ni le risque que le gouvernement privilégie la stabilité des prix alimentaires domestiques au détriment des exportations.

Pour les pays africains, très dépendants des approvisionnements asiatiques, l’évolution de la situation en Inde sera donc déterminante. Mais le risque dépasse largement ses frontières. El Niño pourrait aussi accentuer les conditions sèches en Thaïlande, au Vietnam, en Indonésie, aux Philippines et dans une partie de l’Asie du Sud-Est.

Plusieurs importateurs suivent déjà de près la disponibilité des cargaisons et l’évolution des prix, dans la crainte d’un resserrement plus général de l’offre régionale.

Selon des négociants indiens cités par le média The Hindu BusinessLine, plusieurs pays africains renforcent leurs achats afin de constituer des réserves face à El Niño, à la guerre en Ukraine et aux risques de perturbation liés au conflit entre les États-Unis et l’Iran. Ces achats anticipés contribuent à soutenir les prix et la demande d’expédition depuis les ports indiens.

« Des navires attendent de charger du riz dans presque tous les ports. […] Certains pays achètent le double des volumes qu’ils commandent habituellement », a confié au quotidien Suraj Agarwal, vice-président pour le Bengale-Occidental de la Fédération indienne des exportateurs de riz.

Cette stratégie d’achat anticipé permet aux gouvernements et aux importateurs de se ménager un répit, mais elle ne les soustrait pas à la dynamique du marché. En sécurisant plus tôt les cargaisons disponibles, les acheteurs réduisent leur exposition immédiate à une éventuelle rupture d’approvisionnement.

Pour le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où le riz importé occupe une place importante dans l’alimentation quotidienne, l’enjeu dépasse ainsi la seule constitution de stocks. Il s’agit de préserver l’accès des ménages à une denrée de base de première nécessité.

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