Relooted, le jeu vidéo qui veut transformer la spoliation coloniale en acte de reconquête

Alors qu’une large part du patrimoine culturel africain se trouve hors du continent et que les tentatives de restitution en Europe se heurtent à des obstacles juridiques et politiques persistants, le jeu vidéo s’invite là où la diplomatie semble trébucher.

Nyamakop, un studio de développement sud-africain, a récemment lancé Relooted, un jeu vidéo de stratégie et d’infiltration se déroulant en 2099. Les joueurs doivent s’introduire dans des musées européens pour récupérer 70 artefacts africains et les restituer au Musée des civilisations noires de Dakar, au Sénégal. Le titre du jeu signifie littéralement « repris », un clin d’œil assumé à l’histoire coloniale.

Dans le jeu, Nomali, scientifique et athlète, est missionnée par sa grand-mère, la professeure Grace, experte en artefacts, qui a découvert que les traités censés encadrer les restitutions n’ont jamais été respectés. Accompagnée de son frère Trevor, elle doit constituer une équipe pluridisciplinaire — un hacker, un mathématicien, une acrobate — pour résoudre des énigmes et pénétrer les musées sans recourir à la violence.

Les objets à récupérer sont réels : des bronzes du Bénin, des sculptures camerounaises, un tombeau sacré kényan, ou encore l’Homme de Broken Hill, un crâne découvert en Zambie et conservé au Muséum d’histoire naturelle de Londres. « Relooted est avant tout une tentative de sensibilisation à la culture et à l’histoire africaines, ainsi qu’à l’ampleur du pillage des objets culturels », déclare Ben Myres, PDG de Nyamakop, cité par Brut Afrique.

Quand la fiction dit ce que la diplomatie ne fait pas suffisamment

Le jeu Relooted émerge précisément au moment où l’industrie africaine du jeu vidéo s’impose comme l’une des plus dynamiques au monde. Selon un rapport publié en février 2025 par Carry1st, un éditeur africain de jeux numériques, et Newzoo, fournisseur de données sur le marché du gaming, le marché africain du gaming a atteint 1,8 milliard de dollars en 2024, enregistrant une hausse de 12,4 % par rapport à 2023, soit une croissance six fois supérieure à la moyenne mondiale.

Le continent compte désormais 349 millions de joueurs, dont près de 90 % jouent sur mobile, révélant un écosystème qui a su contourner les plateformes traditionnelles pour s’approprier le jeu vidéo à sa manière. Pourtant, la majorité des titres consommés sur le continent restent développés pour d’autres audiences, le déficit de représentation culturelle locale demeurant criant.

Cette dynamique contraste avec un vide culturel persistant. La question de la restitution du patrimoine africain reste largement non résolue en Europe. Selon des estimations du ministère français de la Culture en 2020, entre 85 et 90 % du patrimoine africain serait hors du continent. En France seule, l’historienne de l’art Claire Bosc-Tiessé estimait en 2024 à environ 150 000 le nombre de biens culturels africains conservés dans les musées publics français.

Un patrimoine dispersé, des restitutions au compte-gouttes

Les restitutions existent, mais leur rythme reste bien en deçà des attentes. Les 70 000 objets d’Afrique subsaharienne conservés au musée du Quai Branly, constitués pour l’essentiel durant la période coloniale, illustrent l’ampleur du déséquilibre. Les 26 œuvres du trésor royal d’Abomey restituées par la France au Bénin en novembre 2021 n’en représentent qu’une fraction.

Au Nigeria, les bronzes du royaume du Benin, pillés lors d’une expédition britannique punitive en 1897, sont dispersés dans plus de 130 musées répartis dans 20 pays. L’Allemagne en a restitué 22 exemplaires en décembre 2022.

 

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