De l’Afrique vers le monde, Orun Studio pose les jalons de la souveraineté des industries créatives modernes

A l’heure où l’Afrique redéfinit son influence, Orun Studio surgit comme le manifeste d’une génération qui bâtit sa propre souveraineté créative. Entre mémoire et futur, le studio d’Abidjan érige la culture en stratégie de puissance et en moteur d’une économie mondiale nouvelle.

Dans un monde où l’imaginaire reste trop souvent dominé par les puissances extérieures, Orun Studio se dresse comme un manifeste africain de la souveraineté créative moderne. Né à Abidjan, ce laboratoire artistique et intellectuel se construit  progressivement comme un espace où l’héritage, le design et l’innovation sont proposés en tant que tout pour replacer le continent au centre de sa propre narration. À travers ses initiatives récentes de cette année 2025 — du Salon international du contenu audiovisuel (SICA) à Abidjan jusqu’à la Fashion Week de New York, en passant par les scènes diplomatiques de l’ONU — Orun se définit comme en quête de bâtir une méthode africaine de la puissance créative.

À New York, lors de l’événement Orun x Designers, la démonstration fut éclatante. Le studio n’est pas venu défiler, mais affirmer une posture : celle d’une Afrique qui ne quémande plus de reconnaissance, mais érige ses propres standards. Pendant deux jours, la scène new-yorkaise a été témoin d’une œuvre collective où la mémoire et la modernité ont dialogué avec exigence. De Loza Maléombho à Romzy, de Rosyne Club à Xander Pratt ou Paulin Bédou, chaque créateur a incarné cette philosophie d’un continent en construction, pour qui la mode, l’art et le design ne sont plus des vitrines mais des leviers économiques, diplomatiques et civilisationnels.

Ce que propose Orun dépasse la création artistique : c’est une stratégie de souveraineté. En liant la culture aux enjeux économiques et en construisant des alliances institutionnelles et diasporiques, le studio démontre que la création peut devenir une infrastructure durable. L’invitation de l’UN Global Compact lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, quelques jours après la Fashion Week, n’a pas constitué une consécration symbolique, mais plutôt la reconnaissance internationale d’un projet structurant. La présence de figures telles que Mamadou Koné, Tanoh Dammond ou Abdramane Kamaté confirme cette ambition : inscrire la culture africaine dans la durée, au cœur des politiques publiques et de l’économie mondiale.

Orun se distingue également par sa lecture stratégique de la diaspora. Grâce à la performance de la Batiste Family et au message du congressman Troy Carter, la scène new-yorkaise s’est transformée en un pont vivant entre le continent et le monde noir. Ici, la diaspora cesse d’être spectatrice : elle devient partenaire de production et d’influence, intégrée à une économie culturelle globale dont l’Afrique est désormais l’un des pôles.

Mais la force d’Orun réside surtout dans sa méthode. Le studio ne promet pas ; il prouve. Sa chaîne de valeur — conception, développement, production, diffusion — constitue un système d’ingénierie créative complet. Chaque projet est conçu pour durer, circuler et produire un impact mesurable. Sous l’impulsion de sa fondatrice, Habyba Thiero, Orun s’impose comme un mouvement discipliné où la créativité devient une science de la construction. « Nos ancêtres nous ont transmis les codes de souveraineté », rappelle-t-elle. « Il nous revient de bâtir un héritage qui nous survivra. »

Les industries créatives africaines représentent aujourd’hui l’un des leviers de croissance les plus dynamiques du continent. Musique, cinéma, mode, design, arts visuels, jeu vidéo ou encore artisanat digital, ces secteurs conjuguent patrimoine culturel et innovation technologique pour répondre à une demande mondiale de contenus authentiques et inspirants. Selon la Banque africaine de développement, elles pèsent déjà plus de 4 % du PIB continental et emploient des millions de jeunes talents. Dans des pôles comme Lagos, Abidjan, Dakar, Nairobi ou Le Cap, une nouvelle génération d’entrepreneurs culturels transforme la créativité en capital économique, contribuant à l’image d’une Afrique qui ne se contente plus de consommer la culture mondiale, mais la produit et l’exporte.

Derrière cette effervescence se cache un vaste réservoir d’opportunités économiques. L’essor des plateformes de streaming, la demande croissante de contenus africains et la montée de la diaspora comme marché structuré ouvrent la voie à des modèles rentables et durables. Investir dans les industries créatives africaines, c’est miser sur un secteur où le potentiel d’impact social rejoint la rentabilité économique : production audiovisuelle, marques de mode durables, galeries numériques, licences culturelles, éducation artistique… autant de champs d’expansion pour les investisseurs, les États et les créateurs. Dans cette perspective, des structures comme Orun Studio jouent un rôle d’avant-garde : elles démontrent que la souveraineté culturelle peut devenir un vecteur de croissance et de soft power, plaçant la créativité africaine au cœur des échanges économiques mondiaux.

 

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